chaque jour, un court texte et un dessin. vous pouvez envoyer un courriel à l'adresse: hubertbeaudry@videotron.ca ou, cliquer sur commentaire. ce blog expérimente et va se transformer comme toute plante, avec une dose de photosynthèse
lundi 9 juin 2014
Sketchbook page 13
A ride in existence... Passager d'un traversier qui serait l'Arche de Noé...
Then, others have a ride in existence... C'est très étrange.
Dans cette page du sketchbook, ce qui manifeste ce côté étrange, quasi inattendu, c'est la girafe. Avec son museau étroit, ses petites cornes rondes, et ce cou démesuré: elle n'a pas besoin de grimper aux arbres, elle a le nez dedans.
Toujours on voit une girafe dans les livres d'enfants qui présentent l'arche de Noé. Sa tête dépasse par une fenêtre ouverte, surtout quand le déluge se calme. Il y a aussi un lion, un tigre, un éléphant. Il n'y a pas de bison ou de castor. Pas de bouvier bernois ou de labrador, ni de chat de gouttière. C'est une arche du temps du paradis plus ou moins perdu, et c'est la trève sur l'arche: le lion et le tigre ne dévorent pas la girafe.
Le plus étrange, c'est que l'existence ne nous parait pas étrange. Elle nous va comme un gant, on est fait pour exister. Les vagues bercent l'arche, la pluie tambourine sur le toit et ça endort la famille de Noé.
La girafe ne trouve pas étrange d'être une girafe. Une tortue centenaire est très à l'aise d'être une tortue. L'existence se plait à exister, de toutes les façons, surtout de toutes les façons.
dimanche 8 juin 2014
Trous noirs. 50
Horatio: " Les trous noirs? Vas-y, professeur, je t'écoute! "
Ferdinand: " En gros, Horatio, les savants savent maintenant que le monde est invisible... Tu me le diras si je vais trop vite dans mes explications."
Horatio: " Le monde invisible, où ça, Ferdinand? "
Ferdinand: " Drette ici ! T'as pas besoin d'aller chercher des trous noirs dans la grotte, le monde invisible est ici..."
Horatio: " Je le savais déjà qu'on trouvera pas des trous noirs dans la grotte, j'y suis retourné dernièrement... Mais tu m'as déjà dit que j'avais des hallucinations, Ferdinand... Ton monde invisible, tu penses pas que c'est du rêve imaginé ?"
Ferdinand: " C'est pas du rêve, Horatio ! Les savants ont calculé qu'on voit seulement un pour cent de l'univers. Quasiment tout l'univers est invisible. "
Horatio: " C'est vrai qu'il y a plein d'espace dans le ciel, entre les galaxies... C'est ça, leur monde invisible, aux savants ?"
Ferdinand: " Non, Horatio. Tu vois pratiquement rien de ce qui est ici. Ils appellent ça de la matière noire, de l'énergie noire. "
Horatio: " Va falloir que tu expliques plus que ça, Ferdinand. Je comprends rien à ce que tu racontes..."
Ferdinand: " C'est du calcul. Notre voie lactée, avec ses milliards d'étoiles, elle tourne comme une toupie. Ils ont calculé que c'est pas normal que ça tienne ensemble, à moins d'ajouter énormément de masse invisible pour que l'attraction fonctionne. Est-ce que tu me suis ?"
Horatio: " Je veux pas t'offenser, Ferdinand, mais je te suis pas. Tu parlais d'une toupie qui tourne..."
Ferdinand: " Quand tu prends une courbe trop vite, tu risques de partir dans le décor, pas vrai ?"
Horatio: " Ouais, continue..."
Ferdinand: " Un exemple: la lune qui tourne autour de la terre... Si notre planète avait moins de masse pour attirer la lune, elle nous quitterait. "
Horatio: " Je vois pas de monde invisible là-dedans, Ferdinand..."
Ferdinand: " Ça manque de poids dans la voie lactée, ça manque d'étoiles... c'est le monde invisible qui fournit le poids qui manque, est-ce que tu comprends ?"
Horatio: " La tête me tourne... Comment va Barbe? "
vendredi 6 juin 2014
Trous noirs. 49
(Horatio, en train de creuser une fosse au cimetière, voit Ferdinand s'approcher...)
Ferdinand: " Bonjour Horatio! Je te dérange ?"
Horatio: " Ça c'est de la grande visite... Le Grand-Maître en personne! Non, Ferdinand, tu me déranges pas, je vais prendre une pause." (Il grimpe en dehors du trou). " Le soleil tape fort, tu as pas ton chapeau, on va aller s'asseoir à l'ombre, il y a un banc à trois pas d'ici..." (Ils vont s'asseoir, sous un saule pleureur).
Ferdinand: " Tu sais que j'ai passé au feu ?"
Horatio: " Tout le monde a été réveillé par la sirène des pompiers... Je passe près de chez-toi, j'ai vu que ton atelier est en cendres..."
Ferdinand: " C'est pas de mon local que je veux parler, Horatio. C'est moi, Ferdinand, qui a passé au feu..."
Horatio: " Personne m'a dit que tu avais eu des brûlures... C'est arrivé quand ?"
Ferdinand: " L'incendie m'a calciné à l'intérieur, Horatio. La première étape de l'alchimie, la calcination, tu te souviens ? Tu n'as pas idée de la chance que j'ai eu !"
Horatio: " Tu as perdu tous tes livres, tes outils, ta bâtisse, et tu appelles-ça de la chance ?"
Ferdinand: " Y'a un bon côté, une sorte de transformation... Je me reconnais plus, Horatio."
Horatio: " C'est vrai que t'as l'air différent... Les gens disaient que tu étais en grande dépression, Ferdinand... Comme paralysé, presque muet..."
Ferdinand: " Je regardais les débris tout calcinés, je réfléchissais comme jamais avant... Sais-tu à quoi je pense tout le temps ?"
Horatio: " Tu penses à rebâtir en plus moderne, c'est ça ?"
Ferdinand: " Non, Horatio."
Horatio: " Alors dis-moi le, à quoi tu penses, Ferdinand..."
Ferdinand: " Aux trous noirs".
mardi 3 juin 2014
Sketchbook page 12
À quel moment avons-nous perdu cette surprise ?
... Il faut la retrouver au moins pendant un instant, cette surprise, pour s'étonner de vivre sans elle. Il faut la retrouver pour savoir qu'on l'a perdue.
... It does exist... Ça existe !
De quoi parlez-vous?
Ça existe: le monde, l'univers, tout ce qui est autour, partout.
Pour se pratiquer à l'étonnement, on pourrait choisir de s'étonner que la musique existe. Que la couleur existe. Que le désir existe. Que le rire existe.
On peut s'étonner aussi de se retrouver dans ce bateau, à bord de l'existence.
... L'existence ne vient pas de la non-existence. Le néant ne précède pas l'existence du monde. On ne peut pas venir du néant, ni tomber dans le néant. Il n'existe pas. Il n'a pas d'existence.
C'est un paradoxe hallucinant: il n'y a pas de moment qui précède l'existence.
Et "Ça existe" se transforme, d'un big bang à l'autre, d'une saison à l'autre, de naissance en naissance.
On voit le soleil se lever, se coucher: on a des souvenirs, des projets, des peurs.
Les vagues de l'océan de l'existence.
Et puis on a le droit de dire merçi. Si ça aide à respirer profondément, pourquoi pas?
Les petits enfants entendent une musique: tout de suite ils dansent. Dire merçi, comme une respiration, comme un réflèxe de danse, vu qu'il y a la musique qui nous rejoint. Un sourire qui dit merçi. S'il vient, le laisser venir, comme l'enfant laisse venir la danse.
lundi 2 juin 2014
Trous noirs. 48
(Sonnerie à la porte: Hadelphine va ouvrir...Elle fait entrer Barbe)
Hadelphine: " Bonjour Barbe! Je me demandais si tu viendrais ce matin... Es-tu remise des émotions d'hier soir? Prends une chaise, j'apporte le café sur la table."
Barbe: " Toussaint est sorti ?"
Hadelphine: " Il est allé rencontrer ses trois copains. Demain matin, ils vont régler leur dossier chez Nicéphore, alors Toussaint veut se préparer."
Barbe: " J'ai dû les décevoir pas mal, en ne signant pas l'entente, quand je suis allé chez Nicéphore... "
Hadelphine: " Toussaint m'a dit que tu voulais repartir les opérations à la mine de cuivre?"
Barbe: " On est pas rendu là... Opérer une mine, j'aurais jamais les moyens financiers, t'as pas idée, Hadelphine, de la fortune que ça prendrait... "
Hadelphine: " Alors qu'est-ce que tu vas faire ?"
Barbe: " S'il y a de bonnes réserves de cuivre, je peux mettre un claim pour avoir l'exclusivité, puis je peux vendre mon claim à une compagnie minière... Je me suis enregistrée comme prospecteur..."
Hadelphine: " Faut que tu m'expliques mieux, Barbe..."
Barbe: " Je vais aller visiter l'ancienne mine, prendre des échantillons, les faire analyser... Tu vois, c'est le début."
Hadelphine: "Qu'est-ce que Ferdinand en dit, de ton projet?"
Barbe: " Depuis l'incendie, il est quasi paralysé, on ne dit plus ce qu'on pense, je garde tout ça dans ma tête... Ça me fait du bien d'en parler avec toi, Hadelphine."
Hadelphine: " Ça doit pas être vivable, fonctionner en couple sans se parler. Si j'étais toi, je casserais la glace avec Ferdinand. Tu ne devrais pas attendre."
Barbe: " Ce matin, j'étais sur le bord de tout lui raconter. Mais il avait déjà son chapeau sur la tête, il a passé la porte. Je sais pas où il allait..."
Hadelphine: " Pourquoi tu fais tout ça, Barbe ?"
Barbe: " Pourquoi je le ferais pas ? La seule façon de savoir si le projet a de l'allure, c'est de l'essayer. Si je le fais pas, je vais regretter toute ma vie de pas avoir foncé. "
Hadelphine: " Tu y vas quand, à l'ancienne mine? "
Barbe: "Anastasie doit aller à la grotte, consulter Delphina. Je vais en profiter pour voir de mes yeux ce que Toussaint a raconté, et ramasser des échantillons. Si ça fonctionne pour Anastasie, j'y vais demain."
vendredi 30 mai 2014
Trous noirs. 47
( Rosilda a reçu un message de Mémé Clémentine de la rejoindre au bloc de jade, dans la grotte... Elle s'y rend mais ne trouve pas Mémé...)
Rosilda: " Mémé ? Il y a quelqu'un ? MÉMÉÉÉ ? "
( Pendant que Rosilda cherche à gauche du bloc, Mémé surgit par la droite)
Rosilda: " HEYYY ! Mémé, faites-moi pu jamais une peur de même..."
Mémé: " Viens voir ce qu'il y a, derrière le bloc de jade..."
Rosilda: " Vous voyez quelque chose, vous, Mémé? Moi j'vois rien..."
Mémé: " Cette petite faille, qui serpente dans le sol... "
Rosilda: " Continuez, Mémé... elle est importante ?"
Mémé: " C'est elle qui nous permet de faire des oracles, ma Rosilda... Il y avait une faille semblable, dans la grotte de Delphes: par cette faille, un gaz nous arrive du sous-sol... on le respire, et ça efface le passé et l'avenir. On voit tout arriver devant nos yeux..."
Rosilda: " C'est-ti poison, ce gaz ?"
Mémé: " Faut pas abuser, comme pour l'Ouzo, ma petite! On sent ces choses-là, tu verras. Mais tu veux savoir autre chose: vas-y, gêne-toi pas !"
Rosilda: " Ma tante Delphina m'a parlé d'un Monseigneur que vous avez vu... Est-ce que c'est le diable en personne ? "
Mémé: " Il éclaterait de rire, s'il t'entendait demander ça ! Monseigneur, il vient d'un autre monde... Les gens ont inventé des monstres, des dragons, des démons... C'est la peur qui fait ça. "
Rosilda: " Est-ce qu'on est des sorcières ?"
Mémé: " On est les prêtresses de Delphes. On voit le destin des gens... On communique ce qui peut aider..."
Rosilda: " Et ce Monseigneur ? "
Mémé: " Il se prend pas au sérieux... Les gens qui se prennent trop au sérieux, ma Rosilda, eux tu peux les craindre... Je sais ce que tu penses, ma petite: oui, on va se revoir encore, je partirai pas tout de suite... mais là, il faut quitter la grotte. On s'en va prendre l'air!"
mercredi 28 mai 2014
Sketchbook page 11
Trois phrases dans cette page double du carnet.
... Des milliers de gens dans un stade, c'est une foule ?
... Le pouvoir du vide.
... Il n'était pas une foule.
C'est la page de droite qui m'attire en premier, par sa charge d'émotion. Tiananmen... un homme debout, qui tient tête à un monstre de fer, le char d'assaut.
La foule, c'est vous et moi: nous avons vu et revu cette image, ce film. À grande distance du monstre de fer.
L'arme de cet homme seul devant le char de fer ? Il est désarmé. Il pose une question, dans le silence de son immobilité... Il dit au chauffeur du char d'assaut: Tu as le choix de m'écraser comme un pou. Es-tu la sorte d'homme qui fait cette sorte de choix?
Le pouvoir du vide. S'il y avait une barricade, le char écraserait la barricade. Le chauffeur du tank ne se pose pas de question devant une barricade à aplatir. Mais devant un homme désarmé, qui se tient debout devant la masse de fer, le chauffeur doit d'abord répondre à une question dont il n'a pas de réponse immédiate. Le chauffeur du tank n'est pas venu pour écraser un homme seul qui se tient debout devant cette montagne de fer.
Le stade. J'ai pensé au tauréador qui affronte en duel le boeuf.
Ou bien, dans ce colisée, les gladiateurs qui jouent leur vie, sur l'émotion des spectateurs romains. Un homme debout, la foule assise.
Toute vérité a son contraire. Où est la force? Celle d'une foule, ou celle d'un homme debout? Ghandi répondait à cette question.
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