chaque jour, un court texte et un dessin. vous pouvez envoyer un courriel à l'adresse: hubertbeaudry@videotron.ca ou, cliquer sur commentaire. ce blog expérimente et va se transformer comme toute plante, avec une dose de photosynthèse
vendredi 30 mai 2014
Trous noirs. 47
( Rosilda a reçu un message de Mémé Clémentine de la rejoindre au bloc de jade, dans la grotte... Elle s'y rend mais ne trouve pas Mémé...)
Rosilda: " Mémé ? Il y a quelqu'un ? MÉMÉÉÉ ? "
( Pendant que Rosilda cherche à gauche du bloc, Mémé surgit par la droite)
Rosilda: " HEYYY ! Mémé, faites-moi pu jamais une peur de même..."
Mémé: " Viens voir ce qu'il y a, derrière le bloc de jade..."
Rosilda: " Vous voyez quelque chose, vous, Mémé? Moi j'vois rien..."
Mémé: " Cette petite faille, qui serpente dans le sol... "
Rosilda: " Continuez, Mémé... elle est importante ?"
Mémé: " C'est elle qui nous permet de faire des oracles, ma Rosilda... Il y avait une faille semblable, dans la grotte de Delphes: par cette faille, un gaz nous arrive du sous-sol... on le respire, et ça efface le passé et l'avenir. On voit tout arriver devant nos yeux..."
Rosilda: " C'est-ti poison, ce gaz ?"
Mémé: " Faut pas abuser, comme pour l'Ouzo, ma petite! On sent ces choses-là, tu verras. Mais tu veux savoir autre chose: vas-y, gêne-toi pas !"
Rosilda: " Ma tante Delphina m'a parlé d'un Monseigneur que vous avez vu... Est-ce que c'est le diable en personne ? "
Mémé: " Il éclaterait de rire, s'il t'entendait demander ça ! Monseigneur, il vient d'un autre monde... Les gens ont inventé des monstres, des dragons, des démons... C'est la peur qui fait ça. "
Rosilda: " Est-ce qu'on est des sorcières ?"
Mémé: " On est les prêtresses de Delphes. On voit le destin des gens... On communique ce qui peut aider..."
Rosilda: " Et ce Monseigneur ? "
Mémé: " Il se prend pas au sérieux... Les gens qui se prennent trop au sérieux, ma Rosilda, eux tu peux les craindre... Je sais ce que tu penses, ma petite: oui, on va se revoir encore, je partirai pas tout de suite... mais là, il faut quitter la grotte. On s'en va prendre l'air!"
mercredi 28 mai 2014
Sketchbook page 11
Trois phrases dans cette page double du carnet.
... Des milliers de gens dans un stade, c'est une foule ?
... Le pouvoir du vide.
... Il n'était pas une foule.
C'est la page de droite qui m'attire en premier, par sa charge d'émotion. Tiananmen... un homme debout, qui tient tête à un monstre de fer, le char d'assaut.
La foule, c'est vous et moi: nous avons vu et revu cette image, ce film. À grande distance du monstre de fer.
L'arme de cet homme seul devant le char de fer ? Il est désarmé. Il pose une question, dans le silence de son immobilité... Il dit au chauffeur du char d'assaut: Tu as le choix de m'écraser comme un pou. Es-tu la sorte d'homme qui fait cette sorte de choix?
Le pouvoir du vide. S'il y avait une barricade, le char écraserait la barricade. Le chauffeur du tank ne se pose pas de question devant une barricade à aplatir. Mais devant un homme désarmé, qui se tient debout devant la masse de fer, le chauffeur doit d'abord répondre à une question dont il n'a pas de réponse immédiate. Le chauffeur du tank n'est pas venu pour écraser un homme seul qui se tient debout devant cette montagne de fer.
Le stade. J'ai pensé au tauréador qui affronte en duel le boeuf.
Ou bien, dans ce colisée, les gladiateurs qui jouent leur vie, sur l'émotion des spectateurs romains. Un homme debout, la foule assise.
Toute vérité a son contraire. Où est la force? Celle d'une foule, ou celle d'un homme debout? Ghandi répondait à cette question.
mardi 27 mai 2014
Trous noirs. 46
( Il est 9 h du matin. Toussaint raccroche le téléphone.)
Hadelphine: " C'est Célestia qui t'a répondu, ou bien tu as réussi à parler à Nicéphore ?"
Toussaint: " J'ai attrappé Nicéphore juste à temps: il recevait quelqu'un à son bureau. Finalement on va pouvoir le rencontrer demain seulement, à cette heure-ci."
Hadelphine: " On, c'est qui ?"
Toussaint: " Moi et les trois autres qui ont reçu les mises-en-demeure. Faut qu'on règle ça une fois pour toutes. "
Hadelphine: " Et Barbe ? C'est elle qui avait commencé les démarches avec Nicéphore..."
Toussaint: " Tu as vu comment elle était, hier soir, quand elle est remonté du sous-sol, à la fin de la réunion... Je la vois pas, aller négocier avec Nicéphore, en même temps qu'elle se prépare à exploiter la mine de cuivre! "
Hadelphine: " Et Ferdinand ? Vous lui en parlez pas ?"
Toussaint: " Si tu l'avais vu comme je l'ai vu, complètement assommé... J'ai bien peur qu'il est tombé en dépression... Non, on va régler nos affaires nous-mêmes."
Hadelphine: "Mais c'est Ferdinand qui vous avait envoyé ramasser des échantillons à la grotte! "
Toussaint: " Hé oui... C'est comme ça..."
(Il met sa casquette)
Hadelphine: "Où tu vas? Si quelqu'un cherche à te parler, où est-ce qu'on peut te rejoindre ?"
Toussaint: " En premier, je vais passer chez Zacharie. Faut contacter Elie et Ignace, faut se préparer pour négocier demain, faut passer à la caisse pop... ça va nous prendre une avance de la caisse... on pourra pas s'en tirer sans payer, mais c'est mieux que d'avoir un procès sur le dos. Et toi, c'est quoi ton programme ?"
Hadelphine: " Je vais voir... Barbe voulait qu'on prenne un café ce matin... J'ai aussi à rempoter le géranium renversé par le chat..."
Toussaint: " Tout le monde s'occupe à réparer les pots cassés!"
lundi 26 mai 2014
Sketchbook page 10
Cette page du sketchbook... elle repose la question des pages précédentes: qu'est-ce que je cherche? Et pour savoir ce que je cherche, je me demande où je vais, pour le chercher.
Cette double-page agit comme un concerto pour orchestre et choeur.
Le visage de Glen Gould. Le visage de Bach.
Le visage de chaque musicien d'un orchestre, de chaque choriste. Les âmes habitent les visages. Only.
Toute vérité a son contraire, qui n'est pas une fausseté. Une vérité qui rejette son contraire, elle risque de ne plus être vraie.
Si je vais à un concert (ça m'arrive trop rarement), je ferme les yeux, pour entendre cette musique de Bach, interprétée par le musicien Glen Gould.
Ce Glen Gould qui digérait de moins en moins le spectacle de la musique. Le spectacle qui n'était pas la musique. Jouer Bach devant une foule, c'était mêler spectacle et musique. Ça le dérangeait de plus en plus. Il ne voulait plus être funambule, devant la foule qui retient son souffle: va-t-il faire un faux-pas?
Pourtant, une foule peut vivre un miracle: quitter la foule qu'elle est. Elle devient un visage qui rit, ou bien qui pleure. Un visage que chacun s'approprie. Quand chacun perd son visage, dans le silence d'une émotion. Chacun devient Bach, chacun devient Glen Gould.
J'ai toujours ce souvenir: je faisais une forte fièvre, et un rêve m'avait rêvé. Un rêve tellement étrange m'avait visité, m'avait habité. C'était un groupe qui s'en venait sur la route. Des personnes de tous les âges, comme des familles, mais un groupe. Ils approchaient, ils allaient passer devant moi. Des Egyptiens d'autrefois.
Le miracle, c'est qu'ils ne parlaient pas. Quand on parle, c'est pour dire quelque chose à quelqu'un d'autre qui nous écoute. Eux, ils ne parlaient pas, parce qu'ils étaient une seule personne, et cette personne marchait en silence. Il n'y avait qu'une pensée qui habitait cette personne qui marchait sous la forme d'un groupe de tous les âges. Ce groupe d'une même pensée silencieuse marchait maintenant sur la route devant moi, puis ils étaient passés, ils n'étaient plus là, et je suis resté estomaqué, à tout jamais, par cette visite miraculeuse.
Un groupe peut être un visage, une âme. Comme dans cette visite d'un rêve, comme une révélation de ce qui peut exister, ailleurs. Dans cet ailleurs qui habite au coeur de nous-même, dans le silence d'une parole d'une force incroyable.
dimanche 25 mai 2014
Trous noirs. 45
(La chouette Vénus raconte à Sanguino, son ami Chauve-souris, l'expédition à la grotte avec Horatio).
Sanguino: "Je vous ai vu arriver ensemble à la grotte..."
La chouette: " Hé oui, mon capitaine! Il en arrive des choses dans notre royaume !"
Sanguino: " Savais-tu qu'Horatio parle à Ferdinand ?"
La chouette: " Non, première nouvelle que j'en ai... Il va voir Ferdinand chez-lui ?"
Sanguino: " Pas encore... C'est dans sa tête qu'il lui parle... Quand je vous ai suivi dans le tunnel de l'ancienne mine, Horatio faisait la conversation avec Ferdinand."
La chouette: " Qu'est-ce qu'il lui racontait ?"
Sanguino: " Horatio trouve pas correct que le Grand Maître des Alchimistes soit abandonné par tout le monde, comme Jésus au Jardin des Oliviers. Horatio veut aider Ferdinand à se réveiller."
La chouette: " Mon capitaine, vous avez un don inestimable, pour entendre ainsi les pensées... L'oreille absolue, c'est pas donné à tout le monde! "
Sanguino: " Alors, ça s'est bien passé, la sortie par le trou de cheminée, au fond de la salle des cristaux ?"
La chouette: "Comme un charme, mon capitaine. J'ai suivi à la lettre les instructions de Monseigneur Lucifer. Horatio connait maintenant l'existence de la sortie de secours."
Sanguino: " Il s'est pas fait prier pour te suivre dans cette cheminée ?"
La chouette: " Avec les craquements des rochers, au-dessus de sa tête, Horatio avait juste envie de sortir de là au plus vite !"
Sanguino: " Tu as reçu d'autres instructions de Monseigneur ?"
La chouette: " Non, mon capitaine. On a tous reçu le même message: on est sur un pied de guerre, en état d'alerte. C'est le calme plat avant la tempête: On est en plein milieu, dans l'oeil du cyclone..."
samedi 24 mai 2014
Trous noirs. 44
(Une heure plus tard, les deux nouveaux amis, Horatio et la chouette, se retrouvent dans la salle des cristaux bleus... Pour atteindre cette salle, ils ont cheminé ensemble le long du vieux tunnel de l'ancienne mine de cuivre)
Horatio: " J'ai un avantage sur mes confrères alchimistes qui sont venus ici... Moi je sais le danger, si on prend pas de précautions avec ces beaux cristaux... Eux, ils étaient pas prévenus... Je comprends qu'ils ont pas pu résister à la tentation d'en mettre plein leurs poches..."
"Maintenant qu'on en a fait le tour, ma belle chouette, c'est le temps de retourner sur nos pas et de sortir d'ici... Ça me fait courir des frissons dans le dos, les craquements sourds que j'entends dans le plafond de roches..."
"Hé ! La chouette ! Je t'ai dit qu'on s'en va d'ici ! Pourquoi tu te tiens derrière ces blocs ? On est pas des enfants, on joue pas à la cachette ! Viens-t'en, c'est sérieux, on s'en va !"
(La chouette apparaît dans la pénombre, bat des ailes comme pour montrer un chemin derrière elle... Horatio comprend enfin qu'il doit aller fureter dans ce coin noir... Il enjambe des blocs, se retrouve dans un passage obscur...)
Horatio: " ... Jamais j'aurais trouvé tout seul ce raccoin caché... Hé! La chouette ! Je te vois plus ! T'es rendue où ? Peux-tu me dire où tu m'emmènes comme ça ? "
Trous noirs. 43
(Courbé sur sa pelle ronde, Horatio achève de creuser une fosse au cimetière. Juché sur le monument voisin, la chouette l'observe).
Horatio: " Encore deux pelletées de terre, ma chouette, et j'ai terminé! ... C'est mon dos qui en prend un coup... "
(Il sort maintenant de la fosse, regarde l'heure à sa montre, secoue la poussière de ses pantalons, puis continue son monologue-discours à la chouette):
"Maintenant, ma vieille, je me paye la traite... Tu devineras jamais quoi ! Donne-tu ta langue au chat?... Bon, je passe chercher ma lampe de poche à la maison, puis je vais... cherche un peu... je vais visiter les cristaux bleus dans la grotte! C'est mon tour d'aller voir ça! Qu'est-ce que t'en dis?"
(la chouette le regarde fixement, puis bat un peu des ailes)
Horatio: " On dirait que ça te démange de me donner ton avis! Montre-moi donc que tu comprends ce que je dis, fais-moi un beau clin d'oeil! "
(la chouette ouvre un peu les ailes, puis ferme son oeil gauche!)
Horatio: " Dieu du ciel ! J'ai tu rêvé? Écoute... si tu comprends ce que je raconte, recommence, fais un clin d'oeil..."
(la chouette lui refait un clin d'oeil)
Horatio (bouleversé): " Faut surtout pas que je raconte ça à Rosilda... Elle va encore dire que j'ai des hallucinations... Tant pis, je suis comme je suis... "
(Il s'adresse à la chouette:)
"Je vois bien que tu peux me répondre... On pourrait se faire un code pour se comprendre... Tiens, quand tu m'approuves, pour dire oui, tu fermes les deux yeux... Essaie, voir! "
(la chouette ferme les deux yeux, puis les ouvre, et se dandine un peu sur le monument)
Horatio: " Viens-tu avec moi visiter les cristaux de la grotte?"
(La chouette acquiesce en fermant les deux yeux. Elle les ouvre, puis lui adresse un clin d'oeil).
Horatio: " Encore deux pelletées de terre, ma chouette, et j'ai terminé! ... C'est mon dos qui en prend un coup... "
(Il sort maintenant de la fosse, regarde l'heure à sa montre, secoue la poussière de ses pantalons, puis continue son monologue-discours à la chouette):
"Maintenant, ma vieille, je me paye la traite... Tu devineras jamais quoi ! Donne-tu ta langue au chat?... Bon, je passe chercher ma lampe de poche à la maison, puis je vais... cherche un peu... je vais visiter les cristaux bleus dans la grotte! C'est mon tour d'aller voir ça! Qu'est-ce que t'en dis?"
(la chouette le regarde fixement, puis bat un peu des ailes)
Horatio: " On dirait que ça te démange de me donner ton avis! Montre-moi donc que tu comprends ce que je dis, fais-moi un beau clin d'oeil! "
(la chouette ouvre un peu les ailes, puis ferme son oeil gauche!)
Horatio: " Dieu du ciel ! J'ai tu rêvé? Écoute... si tu comprends ce que je raconte, recommence, fais un clin d'oeil..."
(la chouette lui refait un clin d'oeil)
Horatio (bouleversé): " Faut surtout pas que je raconte ça à Rosilda... Elle va encore dire que j'ai des hallucinations... Tant pis, je suis comme je suis... "
(Il s'adresse à la chouette:)
"Je vois bien que tu peux me répondre... On pourrait se faire un code pour se comprendre... Tiens, quand tu m'approuves, pour dire oui, tu fermes les deux yeux... Essaie, voir! "
(la chouette ferme les deux yeux, puis les ouvre, et se dandine un peu sur le monument)
Horatio: " Viens-tu avec moi visiter les cristaux de la grotte?"
(La chouette acquiesce en fermant les deux yeux. Elle les ouvre, puis lui adresse un clin d'oeil).
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