samedi 17 mars 2012

Genèse 39. Pas d'éducation religieuse

" Quand Mathusalem eut cent quatre-vingt-sept ans, il engendra Lamek. Après la naissance de Lamek, Mathusalem vécut sept cent quatre-vingt-deux ans, et il engendra des fils et des filles. Toute la durée de vie de Mathusalem fut de neuf cent soixante-neuf ans, puis il mourut."  (Genèse, Bible de Jérusalem)
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Dieu: " Pourquoi tu n'es pas à ta forge, en train de fabriquer des épées qui se vendent si bien?"
Tubal-Caïn:  " J'y étais justement, quand la tortue m'a prévenu d'aller la retrouver au plus vite"

Dieu: " Qu'est-ce qui pressait autant?"
Tubal-Caïn: " La tortue avait ta visite. Elle tenait mordicus à ce que tu rencontres les humains."
Dieu: " Il y a beaucoup d'humains. Pourquoi toi, plutôt qu'un autre?"

Oui, c'était une vraie question. Tubal-Caïn prit le temps de réfléchir. Pourquoi lui?  

Tubal-Caïn: " Nous, les descendants de Caïn, depuis que tu nous a bannis, on est marqués par un signe, paraît-il. On est des parias, des maudits. On vit à l'écart des villages, on n'a pas le droit d'habiter avec les autres. Nos enfants ne vont pas avec les autres enfants. On ne va jamais aux cérémonies dans les temples. " 
Dieu: " et alors? "

Tubal-Caïn: " Alors, ceux des villages, ils ont appris des prières, ils te chantent des hymnes de louange. Je suppose qu'ils font très attention quand ils te parlent" 
Dieu: " Et toi, tu ne fais pas attention quand tu me parles?" 

Tubal-Caïn: " Les Caïn, on a rien à perdre. On peut dire tout ce qu'on pense. "
Dieu: " Je donne raison à la tortue, de t'avoir choisi. Il n'y a pas d'intérêt à parler, si on ne dit pas ce qu'on pense vraiment".

Tubal-Caïn: " Alors tu ne seras pas en colère si je te dis carrément les choses?" 
Dieu:  " Est-ce que tu as peur de moi?" 
Tubal-Caïn: " Quand j'étais petit, ma grand-mère me parlait d'un Dieu terrible. Je suppose que ça l'aidait à me faire tenir tranquille!

Dieu, qui répète sa question: " Est-ce que tu as peur de moi?" 
Tubal-Caïn: " Je ne sens pas que tu vas m'écraser. J'ai le droit d'être celui que je suis. "
Dieu: " Alors vas-y. Qu'est-ce que les humains veulent me dire?" 





vendredi 16 mars 2012

Genèse 38. Acier trempé

" Il prit une des pierres du lieu, la mit sous sa tête et dormit en ce lieu. Il eut un songe: voilà qu'une échelle était plantée en terre et que son sommet atteignait le ciel, et des anges de Dieu y montaient et descendaient."  (Genèse, Bible de Jérusalem)
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" Faut que je rentre chez-moi", dit subitement le jeune. L'instant d'après, il avait déguerpi. Laissé seul, Dieu regarda longuement le château de sable: il était devenu une ville fortifiée derrière des remparts de sable roux.

Lentement, en s'aidant d'un bout de bois, Dieu anéantit toute cette construction, la nivelant jusqu'au sol.
" Pourquoi tu fais ça?"
Dieu regarda d'où lui venait cette question: c'était Tubal-Caïn le forgeron, rencontré la veille, chez la tortue.

"Tu es ici, toi?"  dit Dieu.
- " Comme tu vois", répondit Tubal-Caïn qui reprit sa question:  "Pourquoi tu défais ça?"

" Je veux voir s'il y a du plaisir à démolir", dit Dieu, "mais c'est comme effacer une ardoise. Le plaisir serait de recommencer une construction. Je n'ai pas trouvé de plaisir à tout défaire"..

- "Pourtant il y a beaucoup de passion et de fureur, quand on détruit une ville", dit Tubal-Caïn, " heureusement que les gens adorent faire la guerre, ça donne du travail à ma forge. Je leur fais des épées, des boucliers, des casques. Je fournis des armes aux deux tribus qui se combattent et s'entretuent. "
- "Tu aimes vraiment la guerre?" s'étonna Dieu

- "Pourquoi pas?" dit Tubal-Caïn, " la demande est forte pour les armes. Les outils de labour durent trop longtemps, c'est la guerre qui est payante. Es-tu un dieu de la guerre?"
- " Votre existence n'est pas très longue", dit Dieu, " je ne vois pas pourquoi vous tenez à vous mutiler et vous assassiner"

- " Alors tu n'es pas un dieu de la guerre" conclut Tubal-Caïn, " tu es le dieu de quoi?"
- " Il faut que je sois le dieu de quelque chose?" dit Dieu, qui ajouta:
" Je propose qu'on rentre à la grotte, retrouver nos amis"

- "Je venais justement te chercher" dit Tubal-Caïn. " Tout le monde là-bas est inquiet pour toi, depuis que tu as disparu"
- " Inquiets pour moi? Qu'est-ce qui pourrait bien m'arriver? J'ai l'impression que c'est à vous qu'il peut arriver des choses!"

Tous deux, Dieu et Tubal-Caïn, prirent le sentier du retour. C'était ce moment qu'avait souhaité la tortue: une rencontre de Dieu avec les humains.


mardi 13 mars 2012

intermède du mardi soir

Voici deux dessins d'aujourd'hui.
J'étais dans une salle d'attente. Il y avait foule: plus de vingt personnes qui attendaient sagement. On nous a à l'oeil dans cette clinique de l'oeil! Quand on va à ces rendez-vous à la clinique, il faut avoir une personne qui nous accompagne: au retour, après ces examens où on dilate la pupille de l'oeil, on n'est pas apte à conduire l'auto pour rentrer chez-soi.  Il y avait donc une dizaine de patients-en-attente de leur examen, accompagnés d'une dizaine d'autres non-patients. J'explique cela, car cela va aider à comprendre les dessins du jour.

Les patients (et patientes) parlaient à la personne qui les accompagnait... cela faisait une vraie musique, de celles que Glen Gould écoutait en battant la mesure. Alors j'ai dessiné au gré de ces voix qui m'entouraient. Je dessinais ces voix. C'étaient des lignes, des hachures, et finalement quelques têtes. Ce dessin est patient, il attend.

l'autre dessin est éloquent: il parle de tous ceux qui sont là, en ne les montrant pas. J'ai senti que ça ne se faisait pas, de dessiner mes voisins et voisines: c'était comme prendre des photos. Du moins, ce matin, ça ne se faisait pas, je le sentais comme ça. Alors j'ai dessiné tout autour des gens, un corridor, des portes. On voit aussi les jambes d'une personne assise en dehors du dessin.

J'ai aussi écrit ce qui me passait par la tête, au sujet du blog: je ne peux pas errer indéfiniment comme dans les mille et une nuits, il faut prévoir une rentrée sur la planète, après cette excursion en orbite tout autour, avec Dieu à bord.

Mais pour vous dire que je ne vous abandonne pas, voici quand même les dessins du jour, qui me rappelleront les voix de toutes les jacasseries tout autour.



lundi 12 mars 2012

Intermède du lundi soir

Congé de Bible, ce soir!  Genèse au repos!

Je viens de vivre une semaine différente des semaines précédentes. J'ai renoué contact avec des amis précieux.  Puis, comme c'était la relâche pour les étudiants, ce congé a permis à ma famille de se regrouper, et j'ai passé du temps avec les petits enfants. C'était superbe, à l'aquarium de Québec. Les ours blancs étaient d'un beau jaune paille. La barbe des morses frisait, quand ils nageaient sur le dos. Une pieuvre ne montrait que ses ventouses.

Pendant ce temps, "cette autre famille" (comme la nomme mon ami Gilles), celle des personnages du blog, elle s'est faite discrète, acceptant cette pause du temps du théâtre,  du spectacle. Dieu, la tortue, le serpent, Tubal-Caïn et son frère Yubal, et quelques autres qui ont entendu parler des tisanes de la tortue: tout ce monde prend patience.

Faut comprendre qu'il n'y a pas le feu, pour eux. Dieu a l'éternité devant et derrière lui. La vieille tortue et Serpent Gris ont la précieuse plante qui  éloigne la mort, cette plante dérobée à Gilgamesh après sa visite chez Noé: alors ils ont la sécurité du temps.

Pour ma part, comme tous les humains, j'ai l'illusion d'avoir du temps. J'ai vu mon petit-fils dessiner un sablier: un filet de sable coloré glissait dans le contenant du bas, sans jamais que ce soit terminé. J'aimerais bien avoir un tel sablier magique.



mercredi 7 mars 2012

Genèse 37. Faut que jeunesse se passe

" Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénok. Il devint un constructeur de ville".  (Genèse, Bible de Jérusalem)


Tandis que la tortue et ses amis se faisaient du mauvais sang, Dieu jouait sur la plage: il y faisait des châteaux de sable. Quand on est Dieu, on n'est pas de la brume, on ne s'évapore pas comme ça. On peut profiter d'être ailleurs sans que ce soit un drame. C'était donc pour lui une journée normale, c'est-à-dire extraordinaire.

Son château construit, Dieu s'était assis à quelque distance et soufflait consciencieusement des bulles de savon, à l'aide d'une paille.

Une série de coups de pieds nivelèrent le château de sable: un jeune venait de trouver où passer son énergie. Dieu se demanda pourquoi ce plaisir de détruire était une exclusivité humaine, un plaisir qu'il ne connaissait pas. Il continua donc à souffler des bulles de savon, qui s'en allèrent voltiger sous le nez du jeune délinquant. C'étaient des bulles iridescentes, nonchalantes, innocentes comme sont les appâts.
Le jeune mordit à l'hameçon: il creva une bulle, elle était de trop dans son univers.

Les bulles de savon, quand c'est Dieu qui les souffle, ne se laissent pas dégonfler aussi facilement... Comme il fallait s'y attendre, cette bulle divine, aussitôt crevée, se reforma en deux nouvelles bulles bien brillantes, qui retournèrent narguer le jeune, juste sous son nez.

Bientôt c'est un essaim de bulles qui lui tournaient autour de la tête: chaque bulle crevée en formait deux nouvelles, et le jeune enragé en crevait tant qu'il pouvait...Son jeu tournait au cauchemar. À la fin, exténué, aveuglé et pris de peur, le jeune s'accroupit en se protégeant la tête.

" Ça va?"  lui demanda Dieu, d'une voix un peu moqueuse.
- " Pourquoi elles repoussent, quand je les crève?" demanda le jeune.
- " Parce que ta faim est grande d'en pulvériser beaucoup", dit Dieu.
- " Et comment on fait pour que ça s'arrête? " demanda le jeune.
- " Facile!" dit Dieu, en lui tendant une paille: " Tu n'as qu'à en faire, au lieu de les crever. Vas-y, c'est à ton tour, souffles-en une belle! "

Les miracles sont coutumiers à Dieu... Cet après-midi là, sur la plage de sable roux, ils étaient deux à agrandir le château de sable, à lui ajouter des tours, des pavillons... L'architecte en chef, c'était le jeune. Dieu fournissait la main d'oeuvre...


lundi 5 mars 2012

Genèse 36. Les radotages de la vieille

" Ils se dirent entre eux: Voilà l'homme aux songes qui arrive! Maintenant, venez, tuons-le et jetons-le dans n'importe quelle citerne, nous dirons qu'une bête féroce l'a dévoré. Nous allons voir ce qu'il adviendra de ses songes!"  (Genèse, Bible de Jérusalem)


" Qui c'est, celui-là?"  demanda Serpent-Gris à son amie la tortue, en lui désignant un vieil hibou déplumé qui buvait le thé avec elle.

La tortue:  " C'est mon invité, Sourire-Vert. Il rêvait sur sa branche, dehors... moi, je m'étais endormie au fond de la grotte... Dans mon rêve je l'ai visité et on a causé... Quand il rêve, il est moins bavard, on peut enfin lui apprendre des choses..."
Serpent-Gris:  " Et tu lui a appris quoi?"
La tortue:  " La disparition de Dieu, et mon inquiétude!"

... le serpent se tourna vers le hibou et fit un effort pour se calmer:  ce grand sourire qui palpitait sur le visage du vieil hibou commençait à l'agacer...
Après une profonde respiration, le serpent expliqua: " La vieille, depuis ce matin, radote que Dieu est en crise... Je ne vois pas où elle va chercher cela!"

Sourire-Vert (le hibou):  "Elle est loin d'être folle, notre vieille amie! Je pense qu'elle a mis le doigt sur la faiblesse de Dieu... C'est un exploit, quand on sait qu'une faiblesse ne se peut pas, quand on est Dieu..."

La tortue:  " ... sauf si Dieu entre dans la peau d'une de ses créatures, par le rêve!  C'est terrible comme expérience!  ... J'ai peur pour lui..."
Serpent-Gris: " Ma vieille, tu es bien certaine que tu n'as pas rêvé tout ça?"
La tortue:  " C'est justement parce que je l'ai rêvé que j'en suis certaine!"

Serpent-Gris, en homme d'action:  " Alors, qu'est-ce qu'on fait?"

Sourire-Vert (le hibou):  " La vieille dit qu'il faut retrouver Dieu au plus vite, pour le rassurer... Tu as une idée de l'endroit où il peut se trouver maintenant?"
Serpent-Gris:  " Niet. Aucune idée. Tout ce que je sais, c'est que je suis en rogne sans savoir pourquoi. J'ai failli trucider Yubal, au bord du sentier, quand il voulait écraser le papillon noir..."

La tortue et Sourire-Vert (le hibou), ensemble:  " Le papillon noir!?"

Serpent-Gris:  " Si vous l'aviez vu... une merveille de papillon... un vrai roi! "
La tortue, s'adressant à Sourire-Vert (le hibou):  " C'est un signe de plus".
Serpent-Gris: " Un signe de quoi?"
La tortue:  " ... de la détresse de Dieu..."


dimanche 4 mars 2012

Genèse 35. Visa le noir tua le blanc

" Alors qu'en route Moïse avait fait halte pour la nuit, Yahvé le rencontra et tenta de le faire mourir".  (Genèse, Bible de Jérusalem)


... C'était au tour des papillons mauves de remplir le ciel... Yubal, complètement exalté par le spectacle, battait des mains et criait. Serpent-Gris pestait...
Yubal dit au serpent: " Tu es content que je sois avec toi?"
Le serpent lui jeta un regard assassin:  " On ne choisit pas son ombre", dit-il entre ses dents, en se dépêchant vers le ruisseau. Sitôt arrivé, il y plongea.

Quand Serpent-Gris ressortit la tête de l'eau, le ciel avait viré au doré: cette fois, un nuage de papillons jaunes s'envolait. Le serpent replongea et demeura sous l'eau aussi longtemps qu'il put tenir. Au bout de son souffle, il jaillit hors du ruisseau. Le ciel était rouge sang.

" Les papillons rouges!", dit Yubal, en lui montrant le nuage rouge.
Serpent-Gris lui jeta un regard mauvais, et rapidement prit le chemin du retour, décidé à voir au plus vite son amie tortue. Derrière lui, Yubal tentait de le rattraper.  " Une vraie tache" pensa le serpent.

Soudain le serpent s'immobilisa dans sa course: sur la gauche, il avait aperçu il ne savait trop quoi, mais l'intuition lui disait l'urgence d'y aller voir de proche. Il rebroussa chemin, et s'approcha doucement d'un coin d'ombre. C'était là.

" Tasse-toi, je vais l'écraser! C'est un démon! " cria Yubal derrière lui.
Serpent-Gris se dressa menaçant, sous le nez de Yubal:  " N'y touche surtout pas, imbécile, sinon je te paralyse à tout jamais!"

Devant eux, un simple papillon noir battait doucement des ailes. Le serpent s'adressa au papillon:  " Ils t'ont abandonné parce que tu es différent d'eux... mais tu n'es pas un démon: tu es le plus beau! Tiens, goûte à ce champignon..." et  il lui tendit le champignon qu'il avait.

Le papillon noir marcha délicatement sur le champignon, en le tâtant de ses antennes... Ce fut très lent... D'abord apparurent sur ses ailes des anneaux de nacre, puis des taches somptueuses s'étendirent, en velours rouge, orange, bleu, vert...
" À couper le souffle, tellement c'est beau" murmura Serpent-Gris...
... très lentement le papillon royal s'envola...

" Un miracle! Un miracle!" criait Yubal en se prosternant le front dans le sable.
" Imbécile!" dit le serpent, " le miracle ce serait qu'il y ait moins de courant d'air entre tes deux oreilles!"
Yubal, prosterné, continuait ses dévotions. Serpent-Gris, bien réveillé, fila rapidement vers la grotte.