Le vieux docteur Freud tremblait. Ça ne se voyait pas, ça se sentait. Je percevais des secousses intermittentes, celles qui suivent un séisme important. La confidence de Freud ne m'a pas surpris:
" Hier, nous avons failli perdre notre fille Anna. Ma seule stupidité aurait été responsable de sa mort. J'en frissonne encore".
- " Expliquez-moi, docteur..."
- " La veille au soir, la Gestapo est venue cueillir Anna. Durant les 24 heures qui ont suivi, ma femme et moi nous avons été sans nouvelles de notre fille. Nous pensions à nos amis déportés à Dachau. Je ne pouvais pas me pointer aux bureaux de la Gestapo, j'aurais bousillé les minces chances qu'elle avait encore de se sortir de leurs griffes. Je ne pouvais pas non plus faire appel à tout ce réseau d'amis influents qui s'empressent de m'aider: la plupart avaient eu la sagesse d'émigrer, les autres attendaient le pire, eux-aussi. Vous ne pouvez pas savoir l'angoisse qu'on a vécue, durant ces 24 heures. "
J'ai laissé parler mon hôte, il avait besoin d'aller au bout de sa confidence:
" Je me suis tellement haï de m'être buté à ne pas quitter Vienne. Je m'étais bouché les oreilles et l'entendement, alors que tout le monde insistait pour que nous partions au plus vite. "
Je me suis risqué à lui poser cette question, comme il l'aurait fait à un de ses patients:
" Docteur, qu'est-ce qui vous retenait à Vienne?"
- " Je me suis torturé avec cette question, pendant le jour et la nuit de l'attente. Je me demandais quelle force avait été assez grande pour que je risque ainsi la vie de mes proches..."
chaque jour, un court texte et un dessin. vous pouvez envoyer un courriel à l'adresse: hubertbeaudry@videotron.ca ou, cliquer sur commentaire. ce blog expérimente et va se transformer comme toute plante, avec une dose de photosynthèse
vendredi 30 septembre 2011
jeudi 29 septembre 2011
Interlude: un long cauchemar
Écrire ce blog m'entraîne dans l'imprévisible. Ça me semblait une bonne idée de retrouver Freud: une sorte de visite de politesse. Après tout, je lui en avais fait la promesse. Mais quand j'ai voulu préciser mon travail, il m'est venu que ces visites à travers les siècles devaient répondre à une tension, la vibration d'un destin. Elles ne seraient pas des promenades gentilles.
Décrire cette visite chez Freud à Vienne, début juin 1938, c'est comme manipuler une bombe à retardement. J'entre dans un espace mental empoisonné. Tous ces volumes écrits sur l'Holocauste, ce ne sont pas des thrillers palpitants, ils pèsent lourd sur l'âme.
Pourquoi Freud n'a-t-il pas quitté Vienne avant juin 38? J'ai pensé à ces six millions de juifs assassinés par les nazis, dans ces quelques années. Quatre des soeurs de Freud sont mortes dans les camps d'extermination. Freud, son épouse Martha, sa fille Anna: ils ont été à un cheveu d'y passer, eux-aussi. Pourquoi avoir tenté le diable, en restant à Vienne jusqu'en juin 38?
Depuis 5 ans (en mars 33), Hitler avait pris le pouvoir en Allemagne. Dès le mois suivant, en avril, déjà s'organise la persécution des juifs allemands: violences, boycott des magasins dont les propriétaires sont juifs. Toutes les professions deviennent fermées, interdites aux juifs. Les nazis vandalisent la demeure d'Einstein: il a la sagesse de ne pas rentrer en Allemagne et s'expatrie à Princeton. En mai 33, Goebbels préside à Berlin un autodafé qui devrait sonner l'alarme chez Freud: ses volumes sont jetés au bûcher avec ceux de Marx. Cette année-là, 35,000 juifs allemands vont quitter l'Allemagne. Combien pourtant hésitent à tout quitter, alors que les portes sont encore ouvertes?
Freud peut prétexter qu'il n'est pas en Allemagne mais en Autriche. La Société des Nations avait stipulé que l'Allemagne ne devait pas toucher à l'Autriche... mais que valait cette demande faite par des pays prêts à capituler, pour ne pas s'engager dans un affrontement armé?
Et puis Mussolini se déplace à Vienne pour rassurer les citoyens: ne soyez pas inquiets, Hitler respectera la frontière, foi de Mussolini. Freud achète cette promesse, elle lui sert bien, pour rationaliser son refus de partir. Pourtant tous ses amis, toutes ses connaissances, l'incitent à boucler ses valises. Il fume ses cigares et se berce comme si le typhon annoncé n'allait pas frapper.
J'ai ressorti un bien bel album de photos, aussi belles que navrantes. L'auteur: Alter Kacyzne, de Varsovie. Le titre de l'album: Poyln. L'arrière-pays, celui des shetls, des villages juifs en Pologne. Les photos, en clair-obscur comme des peintures de Rembrandt, sont chargées d'une telle émotion quand on les regarde maintenant. J'aimerais bien vous en reparler une autre fois. Non, ce voyage à travers le temps, ce n'est pas le Club Aventure.
Décrire cette visite chez Freud à Vienne, début juin 1938, c'est comme manipuler une bombe à retardement. J'entre dans un espace mental empoisonné. Tous ces volumes écrits sur l'Holocauste, ce ne sont pas des thrillers palpitants, ils pèsent lourd sur l'âme.
Pourquoi Freud n'a-t-il pas quitté Vienne avant juin 38? J'ai pensé à ces six millions de juifs assassinés par les nazis, dans ces quelques années. Quatre des soeurs de Freud sont mortes dans les camps d'extermination. Freud, son épouse Martha, sa fille Anna: ils ont été à un cheveu d'y passer, eux-aussi. Pourquoi avoir tenté le diable, en restant à Vienne jusqu'en juin 38?
Depuis 5 ans (en mars 33), Hitler avait pris le pouvoir en Allemagne. Dès le mois suivant, en avril, déjà s'organise la persécution des juifs allemands: violences, boycott des magasins dont les propriétaires sont juifs. Toutes les professions deviennent fermées, interdites aux juifs. Les nazis vandalisent la demeure d'Einstein: il a la sagesse de ne pas rentrer en Allemagne et s'expatrie à Princeton. En mai 33, Goebbels préside à Berlin un autodafé qui devrait sonner l'alarme chez Freud: ses volumes sont jetés au bûcher avec ceux de Marx. Cette année-là, 35,000 juifs allemands vont quitter l'Allemagne. Combien pourtant hésitent à tout quitter, alors que les portes sont encore ouvertes?
Freud peut prétexter qu'il n'est pas en Allemagne mais en Autriche. La Société des Nations avait stipulé que l'Allemagne ne devait pas toucher à l'Autriche... mais que valait cette demande faite par des pays prêts à capituler, pour ne pas s'engager dans un affrontement armé?
Et puis Mussolini se déplace à Vienne pour rassurer les citoyens: ne soyez pas inquiets, Hitler respectera la frontière, foi de Mussolini. Freud achète cette promesse, elle lui sert bien, pour rationaliser son refus de partir. Pourtant tous ses amis, toutes ses connaissances, l'incitent à boucler ses valises. Il fume ses cigares et se berce comme si le typhon annoncé n'allait pas frapper.
J'ai ressorti un bien bel album de photos, aussi belles que navrantes. L'auteur: Alter Kacyzne, de Varsovie. Le titre de l'album: Poyln. L'arrière-pays, celui des shetls, des villages juifs en Pologne. Les photos, en clair-obscur comme des peintures de Rembrandt, sont chargées d'une telle émotion quand on les regarde maintenant. J'aimerais bien vous en reparler une autre fois. Non, ce voyage à travers le temps, ce n'est pas le Club Aventure.
mercredi 28 septembre 2011
40- malédiction
J'avais sonné, j'attendais qu'on vienne m'ouvrir, mais rien ne se passait. Le 19 rue Berggasse semblait retenir sa respiration. On aurait dit que cette demeure des Freud cherchait à disparaître: d'épais rideaux bloquaient toutes les fenêtres. La façade était noire. Sur la rue, les rares passants accéléraient le pas comme pour éviter toute possibilité d'un échange, d'une salutation.
Je percevais que les Freud étaient maudits, comme tous les juifs de Vienne. La malédiction leur était tombée dessus quand les chars allemands avaient envahi l'Autriche.
J'ai sonné de nouveau: cette fois la porte s'est ouverte rapidement, on m'a presque tiré à l'intérieur, pour refermer aussitôt. J'ai eu cette impression de pénétrer dans une gare: le long des corridors s'entassaient des coffres et des valises. On m'a guidé vers le fumoir où m'a rejoint le Dr Freud.
"Vous me reconnaissez, docteur?"
Une immense lassitude pesait sur lui. "Oui, l'ami de Socrate, je me souviens, c'était il y a bien longtemps..." Il s'est ensuite occupé à allumer un de ses cigares, en y mettant tout le temps. Je regardais tout autour: les étagères étaient vidées de leur contenu. Freud avait suivi mon regard: "Oui, ma collection d'antiquités est déjà emballée. Nous faisons nos valises, nous déguerpissons dans trois jours, sur l'Orient-Express. Direction Paris, puis Londres. "
Freud avait besoin de s'épancher, de laisser sortir un peu de vapeur: "Depuis deux mois, depuis cette annexion forcée à l'Allemagne nazie, ils inventent chaque jour un nouveau tourment pour les juifs. On commence par interdire les théâtres, les musées. Puis les restaurants, les cafés. Interdit aux juifs, ce commerce, puis cet autre commerce. Ce banc de parc, réservé aux non-juifs. Puis interdiction aux juifs de marcher dans ce parc public.
"Interdiction aux médecins juifs de pratiquer dans les hôpitaux, dans les cliniques. Interdiction aux avocats juifs de pratiquer. L'enseignement, interdit aux juifs. Les ateliers doivent licencier leurs ouvriers juifs. La fonction publique, les bureaux: mise à la porte des employés juifs.
"Et quand la fantaisie leur prend, ils vous humilient sur la rue: à genoux, les juifs, avec une brosse et une chaudière d'eau savonneuse, à frotter les trottoirs, sous les sarcasmes de la foule qui se bidonne. Quel idiot j'ai été!"
Freud tirait sur son cigare.
Je percevais que les Freud étaient maudits, comme tous les juifs de Vienne. La malédiction leur était tombée dessus quand les chars allemands avaient envahi l'Autriche.
J'ai sonné de nouveau: cette fois la porte s'est ouverte rapidement, on m'a presque tiré à l'intérieur, pour refermer aussitôt. J'ai eu cette impression de pénétrer dans une gare: le long des corridors s'entassaient des coffres et des valises. On m'a guidé vers le fumoir où m'a rejoint le Dr Freud.
"Vous me reconnaissez, docteur?"
Une immense lassitude pesait sur lui. "Oui, l'ami de Socrate, je me souviens, c'était il y a bien longtemps..." Il s'est ensuite occupé à allumer un de ses cigares, en y mettant tout le temps. Je regardais tout autour: les étagères étaient vidées de leur contenu. Freud avait suivi mon regard: "Oui, ma collection d'antiquités est déjà emballée. Nous faisons nos valises, nous déguerpissons dans trois jours, sur l'Orient-Express. Direction Paris, puis Londres. "
Freud avait besoin de s'épancher, de laisser sortir un peu de vapeur: "Depuis deux mois, depuis cette annexion forcée à l'Allemagne nazie, ils inventent chaque jour un nouveau tourment pour les juifs. On commence par interdire les théâtres, les musées. Puis les restaurants, les cafés. Interdit aux juifs, ce commerce, puis cet autre commerce. Ce banc de parc, réservé aux non-juifs. Puis interdiction aux juifs de marcher dans ce parc public.
"Interdiction aux médecins juifs de pratiquer dans les hôpitaux, dans les cliniques. Interdiction aux avocats juifs de pratiquer. L'enseignement, interdit aux juifs. Les ateliers doivent licencier leurs ouvriers juifs. La fonction publique, les bureaux: mise à la porte des employés juifs.
"Et quand la fantaisie leur prend, ils vous humilient sur la rue: à genoux, les juifs, avec une brosse et une chaudière d'eau savonneuse, à frotter les trottoirs, sous les sarcasmes de la foule qui se bidonne. Quel idiot j'ai été!"
Freud tirait sur son cigare.
mardi 27 septembre 2011
39- la boucane dans l'air
C'est maintenant dit: je voyage à travers les siècles. J'ai ajouté que ce n'était pas simple. Je ne vais pas n'importe où, ni n'importe quand: je n'ai pas ce luxe du flâneur. Mes allées et venues, dans le temps, ont la précision du geste d'un chirurgien quand il opère avec son scalpel.
Comment je décide d'une visite à rendre? C'est tout comme si je n'avais pas le choix de répondre à ce qui se passe. Une image pourra vous aider à comprendre: ce qui me décide à partir, c'est quand je sens l'intense vibration sur le fil d'un destin.
Vous comprendrez maintenant ce qui m'a poussé à retourner voir le docteur Freud, à Vienne. Ma dernière visite remontait à quelques jours: vous vous souvenez, Freud m'avait prêté un volume du docteur Charcot sur l'hypnotisme, me suggérant d'utiliser cette technique pour sortir mon ami Socrate de sa prison. Après cette visite chez Freud, j'étais allé voir Galilée prisonnier chez-lui, près de Florence. J'ai dit que ma dernière rencontre de Freud remontait à moins d'une semaine: c'est vrai pour moi seulement. Pour Freud, tenez-vous bien, c'était il y a une trentaine d'années. Sa surprise serait grande de me retrouver chez-lui.
Vienne n'était plus Vienne. De grandes banderoles rouges, flanquées de croix gammées, pendaient à tous les réverbères des boulevards. Nous étions début juin: depuis deux mois l'Autriche n'était plus un pays, mais une province de la grande Allemagne du Troisième Reich. Je retrouvais la sensation très vive que j'avais connue en traversant des villes frappées par la peste noire, au Moyen-Âge. Je levais instinctivement les yeux vers le ciel, m'attendant au passage des vautours noirs au-dessus des toits.
La riche demeure du docteur Freud avait été sauvagement badigeonnée de peinture jaune. Cela disait clairement qu'on abordait un nid juif, à ses risques et périls. J'ai sonné à la porte d'entrée.
Comment je décide d'une visite à rendre? C'est tout comme si je n'avais pas le choix de répondre à ce qui se passe. Une image pourra vous aider à comprendre: ce qui me décide à partir, c'est quand je sens l'intense vibration sur le fil d'un destin.
Vous comprendrez maintenant ce qui m'a poussé à retourner voir le docteur Freud, à Vienne. Ma dernière visite remontait à quelques jours: vous vous souvenez, Freud m'avait prêté un volume du docteur Charcot sur l'hypnotisme, me suggérant d'utiliser cette technique pour sortir mon ami Socrate de sa prison. Après cette visite chez Freud, j'étais allé voir Galilée prisonnier chez-lui, près de Florence. J'ai dit que ma dernière rencontre de Freud remontait à moins d'une semaine: c'est vrai pour moi seulement. Pour Freud, tenez-vous bien, c'était il y a une trentaine d'années. Sa surprise serait grande de me retrouver chez-lui.
Vienne n'était plus Vienne. De grandes banderoles rouges, flanquées de croix gammées, pendaient à tous les réverbères des boulevards. Nous étions début juin: depuis deux mois l'Autriche n'était plus un pays, mais une province de la grande Allemagne du Troisième Reich. Je retrouvais la sensation très vive que j'avais connue en traversant des villes frappées par la peste noire, au Moyen-Âge. Je levais instinctivement les yeux vers le ciel, m'attendant au passage des vautours noirs au-dessus des toits.
La riche demeure du docteur Freud avait été sauvagement badigeonnée de peinture jaune. Cela disait clairement qu'on abordait un nid juif, à ses risques et périls. J'ai sonné à la porte d'entrée.
lundi 26 septembre 2011
38- L'air du temps
Il était bien midi quand j'ai quitté Socrate et passé la porte de la prison. Sans doute que j'avais devant moi un bon 24 heures avant qu'arrive ce moment qui pesait sur nous tous, celui de l'exécution de Socrate. Mais il fallait que je m'en assure. Je suis donc descendu vers la ville. À cette heure, les artisans fermaient leurs ateliers: le temps d'un repas puis d'une sieste. J'ai continué ma route vers le Pirée. J'allais savoir si j'avais devant moi le temps d'une escapade, ou bien si je ne devais pas bouger d'Athènes.
En approchant du port, j'ai très bien entendu le bruit de fracas des vagues sur les rochers de la jetée. Même si les grands vents des jours passés s'étaient peu à peu apaisés, il fallait quand même plus de temps à la mer pour retrouver son calme.
" Non, ce n'est pas pour aujourd'hui, ni pour demain, l'arrivée des trirèmes de Délos!" m'a répondu un vieux marin à qui je demandais son avis. "S'ils réussissent à appareiller, ce qui est possible, il faut leur donner deux bonnes journées pour arriver jusqu'ici. Vous savez, c'est l'océan qui mène, pas les rameurs!"
Je suis donc remonté vers Athènes, j'ai regagné ma demeure. Ce matin-là, quand j'avais quitté d'urgence la maison pour me rendre à la prison, j'avais laissé en vrac, par terre, tout ce que je comptais mettre dans mon sac de voyage: j'ai donc complété ces préparatifs, puis j'ai fermé mon logis. Je savais qu'à mon retour j'allais me retrouver dans le drame des derniers moments de vie de Socrate. C'est en ruminant ces pensées que j'ai quitté Athènes.
À ce point de mon récit, je vous dois quelques explications. Je voyage dans le temps, vous en avez été témoin. Mais vous serez dans l'embarras, l'esprit troublé, perplexes, si je ne vous explique pas davantage ce qui en est. Je vais tâcher de vous dire simplement les choses, tout en sachant qu'elles ne sont pas simples du tout.
En approchant du port, j'ai très bien entendu le bruit de fracas des vagues sur les rochers de la jetée. Même si les grands vents des jours passés s'étaient peu à peu apaisés, il fallait quand même plus de temps à la mer pour retrouver son calme.
" Non, ce n'est pas pour aujourd'hui, ni pour demain, l'arrivée des trirèmes de Délos!" m'a répondu un vieux marin à qui je demandais son avis. "S'ils réussissent à appareiller, ce qui est possible, il faut leur donner deux bonnes journées pour arriver jusqu'ici. Vous savez, c'est l'océan qui mène, pas les rameurs!"
Je suis donc remonté vers Athènes, j'ai regagné ma demeure. Ce matin-là, quand j'avais quitté d'urgence la maison pour me rendre à la prison, j'avais laissé en vrac, par terre, tout ce que je comptais mettre dans mon sac de voyage: j'ai donc complété ces préparatifs, puis j'ai fermé mon logis. Je savais qu'à mon retour j'allais me retrouver dans le drame des derniers moments de vie de Socrate. C'est en ruminant ces pensées que j'ai quitté Athènes.
À ce point de mon récit, je vous dois quelques explications. Je voyage dans le temps, vous en avez été témoin. Mais vous serez dans l'embarras, l'esprit troublé, perplexes, si je ne vous explique pas davantage ce qui en est. Je vais tâcher de vous dire simplement les choses, tout en sachant qu'elles ne sont pas simples du tout.
dimanche 25 septembre 2011
Entracte 3- Pas de blâme, en refrain.
L'auteur: Ai terminé la lecture de ce Dialogue de Platon, où Socrate questionne Hippias. Le prof, dans les deux prochaines semaines, va élaborer et analyser le texte, mais j'aime bien partir de ce que j'en pense, sans que ce soit scolaire. Un drôle d'oiseau, ce Socrate (celui que nous livre Platon).
Socrate enfarine à profusion Hippias, à coups de flatteries excessives. Lui-même, Socrate, il se qualifie d'ignorant, qui ne sait absolument rien faire sauf poser des questions à ceux qui ont des connaissances.
Comme un policier qui avance son interrogatoire par questions et sous-questions innocentes, Socrate nous mène doucement vers un gouffre. De douze façons il fait admettre à Hippias qu'un musicien qui fausse, en faisant exprès pour fausser, est meilleur qu'un musicien qui fausse de façon involontaire. Aussi, un type qui ment, en connaissance de cause, est meilleur qu'un type qui dit la même fausseté sans savoir que c'est une fausseté. Un médecin qui fait exprès pour ne pas guérir son malade, c'est un meilleur médecin que celui qui ne le guérit pas non plus, mais parce qu'il est incompétent et ignorant.
Cela ressemble à une construction minutieuse, laborieuse, morceau par morceau, d'une tour Eiffel avec des cure-dents. Pour arriver à la preuve que Socrate déclare évidente: " En conséquence, celui qui fait des actes malhonnêtes et injustes, volontairement, celui-là, Hippias, ne saurait être qu'un homme de bien". Mais c'est la finale qu'il faut lire. Le dernier paragraphe. Colombo surprend tout le monde.
Hippias: " Socrate, ça m'est impossible d'être d'accord avec ta conclusion".
Socrate: " Moi non plus, Hippias, je ne suis pas d'accord avec ma conclusion."
Écoutez l'ineffable. Voici le fin-mot de Socrate: ce n'est pas grave que son argumentation aboutisse à un non-sens, vu que lui, Socrate, est un ignorant. Par contre, il trouve anormal que les savants, comme Hippias, ne trouvent pas ce qui cloche. En traduction libre, Socrate dit ceci: " À qui va-t-on pouvoir se fier, si vous êtes aussi nuls que je le suis?"
Socrate enfarine à profusion Hippias, à coups de flatteries excessives. Lui-même, Socrate, il se qualifie d'ignorant, qui ne sait absolument rien faire sauf poser des questions à ceux qui ont des connaissances.
Comme un policier qui avance son interrogatoire par questions et sous-questions innocentes, Socrate nous mène doucement vers un gouffre. De douze façons il fait admettre à Hippias qu'un musicien qui fausse, en faisant exprès pour fausser, est meilleur qu'un musicien qui fausse de façon involontaire. Aussi, un type qui ment, en connaissance de cause, est meilleur qu'un type qui dit la même fausseté sans savoir que c'est une fausseté. Un médecin qui fait exprès pour ne pas guérir son malade, c'est un meilleur médecin que celui qui ne le guérit pas non plus, mais parce qu'il est incompétent et ignorant.
Cela ressemble à une construction minutieuse, laborieuse, morceau par morceau, d'une tour Eiffel avec des cure-dents. Pour arriver à la preuve que Socrate déclare évidente: " En conséquence, celui qui fait des actes malhonnêtes et injustes, volontairement, celui-là, Hippias, ne saurait être qu'un homme de bien". Mais c'est la finale qu'il faut lire. Le dernier paragraphe. Colombo surprend tout le monde.
Hippias: " Socrate, ça m'est impossible d'être d'accord avec ta conclusion".
Socrate: " Moi non plus, Hippias, je ne suis pas d'accord avec ma conclusion."
Écoutez l'ineffable. Voici le fin-mot de Socrate: ce n'est pas grave que son argumentation aboutisse à un non-sens, vu que lui, Socrate, est un ignorant. Par contre, il trouve anormal que les savants, comme Hippias, ne trouvent pas ce qui cloche. En traduction libre, Socrate dit ceci: " À qui va-t-on pouvoir se fier, si vous êtes aussi nuls que je le suis?"
samedi 24 septembre 2011
entracte 2- le rien du tout
L'auteur: Comme travail scolaire, je lis ce qui s'appelle l'Hippias Mineur, un dialogue parmi la trentaine qui ont été conservés de Platon. Comme vous le savez, ces dialogues ressemblent à des pièces dramatiques, avec deux ou trois personnages, dont Socrate. Jamais Platon n'y apparaît, nous a dit le prof. (je serais bien capable de le faire apparaître, Platon, pas le prof)
J'y vais lentement, dans cette lecture. Faut pas me brusquer. Je ressemble à un enfant qui a une courte disponibilité. J'en fais un bout, de cette lecture, puis je vais me distraire ailleurs. Pour le moment j'en suis rendu à la moitié, dans cette lecture attentive. Socrate y raisonne de travers. Il lui reste la moitié du texte, cette moitié que je n'ai pas lue, pour se racheter.
Dans une de ses conférences, celles qui sont réunies dans le volume Le démon de Socrate, Arthur Koestler parle beaucoup de ce sixième siècle avant Jésus-Christ, celui où a vécu Socrate. Koestler raconte que ce sont les Arabes qui ont sauvé toute cette littérature classique. À la Renaissance, après une éclipse de mille ans, l'Europe a repris connaissance avec son passé. Faudrait avoir un peu de reconnaissance. À qui faut-il s'adresser?
La BBC ne dit rien d'intéressant, vu que c'est la fin de semaine: les journalistes sont en week-end, et la BBC met dans nos assiettes les mêmes vieilles nouvelles réchauffées. Heureusement que la terre tourne dans le bon sens: l'Europe sera déjà au midi, lundi, quand ça sera l'aube ici. Ainsi la BBC se sera remise au travail pendant qu'on dormira. Il y a des avantages à vivre en Amérique.
J'y vais lentement, dans cette lecture. Faut pas me brusquer. Je ressemble à un enfant qui a une courte disponibilité. J'en fais un bout, de cette lecture, puis je vais me distraire ailleurs. Pour le moment j'en suis rendu à la moitié, dans cette lecture attentive. Socrate y raisonne de travers. Il lui reste la moitié du texte, cette moitié que je n'ai pas lue, pour se racheter.
Dans une de ses conférences, celles qui sont réunies dans le volume Le démon de Socrate, Arthur Koestler parle beaucoup de ce sixième siècle avant Jésus-Christ, celui où a vécu Socrate. Koestler raconte que ce sont les Arabes qui ont sauvé toute cette littérature classique. À la Renaissance, après une éclipse de mille ans, l'Europe a repris connaissance avec son passé. Faudrait avoir un peu de reconnaissance. À qui faut-il s'adresser?
La BBC ne dit rien d'intéressant, vu que c'est la fin de semaine: les journalistes sont en week-end, et la BBC met dans nos assiettes les mêmes vieilles nouvelles réchauffées. Heureusement que la terre tourne dans le bon sens: l'Europe sera déjà au midi, lundi, quand ça sera l'aube ici. Ainsi la BBC se sera remise au travail pendant qu'on dormira. Il y a des avantages à vivre en Amérique.
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