jeudi 30 juin 2011

Avant Mao

Je consulte le gros bouquin:  The
Timetables of History.  Sur 7 colonnes,
page après page, le volume redit
les événements marquants sur les
aspects politiques, littéraires,
philosophiques et religieux,
arts visuels, musique, science et
technologie, vie quotidienne.
Les informations débutent
5,000 ans avant l'ère chrétienne.

Suis allé voir les faits marquants pour l'an
1911, il y a un siècle.  J'y trouve l'énorme
bouleversement de la société chinoise.

Pourquoi ce cataclysme social arrive-t-il
en 1911?  Les révolutions de cet ordre de
grandeur ne sont pas des accidents du
hasard. Quand ces incendies éclatent,
il faut savoir que le feu a couvé un bon
moment avant de se manifester.

La globalisation n'est pas un phénomène
récent:  les grands courants
révolutionnaires ont embrasé toute la planète, tous les empires. Le vent des émotions passe par dessus les frontières et fait claquer tous les drapeaux, sans égard aux couleurs des tissus.

Nous sommes fin juin. Dans un peu plus de trois mois, en octobre, tout va basculer dans cet empire qui semblait immuable, éternel, hors du temps.  Pour connaître l'histoire, il faut reculer avant les événements, les sentir venir, en entendre le grondement lointain. Le ciel s'obscurcit.

mercredi 29 juin 2011

Rêver à plusieurs. Prise 4

Si vous m'avez suivi d'épave en
épave, à mesure que le Merrimac
sombrait puis reprenait ses esprits
en cale sèche, pour sombrer de
nouveau, plombé par un karma
inexorable, vous vous retrouvez
comme moi devant une tâche à
terminer. Fini le farniente, faut
se retrousser les manches de
chemise.

Je vous partage les dernières infos
sur Georges Charrette, avant qu'on
se lance ensemble dans notre folle
enquête.

Sur Google, on visionne un court
video: le monument inauguré en
2009 à Lowell pour célébrer notre
héros.  J'y ai fait une trouvaille et
je dois rectifier le récit des derniers
jours. Je me suis fourvoyé et vous
ai mis dans la tête des idées pas
catholiques sur la vie romantique
de Georges. Il n'a pas épousé une princesse chinoise. Elle était russe.

Elle s'appelait Nadajda.  Née en 1891. Au moment de la révolution bolchévique, je suppose que sa famille a dû fuir, si elle était de l'aristocratie. Elle avait alors 26 ans et Georges, qui l'a épousé, en avait 50. Je n'en sais pas plus.

Votre tâche est simple:  vous trouvez, pour nous le partager, le vrai récit.  Celui que narrait Georges, quand il bourrait sa pipe et racontait sa vie de bourlingueur. Comment il a rencontré cette Nadajda et ce qu'il savait de cette révolution russe. Son tour du monde, à répétition, à mesure que l'histoire mondiale colorait les continents. Est-il retourné à Cuba? A-t-il revu les Espagnols? Comment a-t-il vécu la première guerre mondiale?

Il y a des sources officielles, les sociétés historiques. Mais j'ai l'intuition qu'il y a eu des récits, quand c'était le jour de l'An à Lowell, à Suffolk ou à Plymouth, qui peuvent nous ouvrir des pistes.

Oui, on est maintenant à plusieurs pour retrouver cette histoire. Ce que vous me partagez, je le mettrai sur le blog. Notre aventure fera moins de dégât qu'une croisade, elle est complètement farfelue.  En attendant que vous rapportiez vos trésors, je vais fureter sur d'autres sujets, mais toujours avec cette attente, en arrière de la tête:  la suite des aventures du héros du Merrimac.

mardi 28 juin 2011

une picouille flottante. prise 3

Ce Merrimac était plombé par le destin:
à répétition il sombrait, et toujours on le
renflouait.  Je le cherchais dans la liste
des navires participant à la guerre contre
l'Espagne, en 1898.  Pas de mention du
Merrimac. Pourtant Georges Charrette
avait allumé la mèche, et on l'appelait
le héros du Merrimac.

Le récit de cette guerre, pour libérer Cuba
de l'emprise espagnole, est fascinant. On
apprend comment les journaux ont forcé
la main des politiciens qui ne voulaient
pas de cette aventure. J'en lisais les
péripéties quasi rocambolesques, tout en
cherchant à l'horizon mon Merrimac.

Horreur! aucune mention d'un chenail
obstrué par l'épave héroïque! La flotte
espagnole avait quitté le port de Santiago
le matin du 13 juillet. Ils étaient en
mauvais état pour combattre. Les navires
américains les avaient pris en chasse et les
avaient détruits en quelques heures.

J'avais la gorge sèche. Le journal La Presse avait-il raconté des sornettes, en célébrant Georges Charrette, le héros qui avait précipité la défaite espagnole?  En tout cas, jusqu'à la dernière ligne, Wikipédia gardait un silence poli sur le fond de l'affaire.

J'ai cessé de tourner autour du pot et suis allé à la recherche de Georges Charrette, vu l'absence du Merrimac dans le récit de cette guerre. Ouf!  Enfin!  Le héros sortait de l'ombre. Mettez votre ceinture de sécurité, on décolle.

C'est l'histoire d'une picouille agonisante, un cargo chargé de charbon, toujours en panne mécanique.  Il avait usurpé un nom glorieux, celui de Merrimac. Evidemment qu'on ne mentionne pas son nom parmi les gloires de la flotte de guerre. Une grosse barge de ravitaillement, tellement problématique qu'on a songé tout de suite à l'utiliser pour une opération kamikaze.  Un suicide, du moins pour la brochette de jeunes marins qui avaient à l'échouer dans cette embouchure du port de Santiago. L'opération eut lieu dans la nuit du 3 juin 1898.

Jusqu'à la fin, ce Merrimac a été pitoyable: il n'a même pas réussi à se positionner correctement pour mourir dignement. Il a été copieusement mitraillé par les batteries espagnoles. Au petit matin, cramponnés au canot de sauvetage qui flottait à l'envers, les huit héros ont été rescapés par une vedette espagnole, puis  emprisonnés. Un mois plus tard, après la destruction de leur flotte de guerre, les Espagnols capitulaient et libéraient les braves.

Ce serait bien de connaître la suite: les quarante années de vie qui ont suivi l'épisode du Merrimac. Toute cette famille des Magnan et des Charrette, à Lowell...  Dans mon imaginaire d'enfant, il y a toujours la princesse chinoise, et le tour du chapeau: Georges Charette faisant trois fois le tour du monde...

lundi 27 juin 2011

le vrai Merrimac. Prise 2

Sous le titre ¨100 ans d'actualités¨
le journal La Presse, il y a 25 ans,
publiait des manchettes d'autrefois.
Une édition du journal célébrait le
héros dont je m'étais moqué, ce
petit cousin de ma mère. Le dimanche
21 août 1898, La Presse n'avait pas
lésiné: on avait donné à Georges
Charrette la première page.


On racontait le sabordage du Merrimac
à l'embouchure du port de Santiago
de Cuba. Quelques volontaires avaient
risqué leur vie dans cet exploit.  Sous le
feu de la mitraille ennemie, il leur fallait
faire exploser leur navire pour obstruer
le chenail. La flottille espagnole s'était
retrouvé bloquée au fond de l'entonnoir.

Georges Charrette était de chez-nous:  son père, Alexandre, avait épousé Joséphine Magnan. Tous deux venaient de Ste Elizabeth, un petit village au nord de Joliette. Joséphine, c'était la soeur d'Élie, mon arrière grand-père maternel qui élevait ses abeilles derrière sa maison de ferme.  Ça ne faisait pas de différence que Georges soit né à Lowell, Mass. C'était une petite ville industrielle à majorité canadienne-française.

Cette fois-ci, je pouvais compter sur Wikipédia pour en savoir plus. J'ai donc lancé la recherche en tapant le nom du Merrimac.  Il s'agissait d'une frégate, un trois-mâts, pris dans la tourmente de la guerre civile entre Confédérés du Sud et Unionistes du Nord. Les troupes de l'Union avaient incendié le Merrimac alors qu'il était en réparation, en Virginie. Les confédérés avaient récupéré l'épave, l'avait bardé de plaques de métal, l'avait équipé d'un éperon de fer, puis l'avait rebaptisé Virginia.  Dans ses premiers combats, ce monstre de fer avait terrorisé l'ennemi. Il avait affronté le Monitor, pour un match nul. Finalement les confédérés l'avaient sabordé: c'était en 1862.

Y avait-il eu un autre navire de guerre du même nom?  J'ai donc replongé dans l'histoire d'une autre guerre, menée une trentaine d'années après la victoire de l'Union sur la Confédération.  Décidément, le Merrimac tenait du sous-marin!  Je n'étais pas au bout de mes lectures!

Le héros du Merrimac, scène 1

À chaque dîner du Jour de l'An, c'était
le rituel obligé:  je demandais à ma
mère Gabrielle de nous raconter
l'exploit de Georges Charrette,
le héros du Merrimac.

C'était un peu méchant de ma part.
Le récit permettait d'en rire, car
Gabrielle s'enflammait toujours
pour célébrer son petit cousin de
Lowell, Mass. Il reposait au
cimetière national d'Arlington.

Ma mère n'avait aucun document
pour étoffer les prouesses de son
héros. Elle était la seule de la
famille à en parler.  Il faut dire
qu'elle seule avait visité toute
cette parenté émigrée aux Etats,
quand elle avait vingt ans.

Du récit de ma mère, j'ai retenu
des images de bande dessinée.
Notre héros de famille avait allumé la mèche d'une charge explosive pour couler son bateau, une fois parti le reste de l'équipage. Le sabordage du Merrimac avait bloqué la route à la flotte ennemie. Puis, après cette guerre,  Georges Charrette avait épousé une princesse chinoise et il avait fait trois fois le tour du monde.

À l'époque je croyais le mot à mot de la Bible: c'était du sérieux. Personne n'aurait mis en doute la résurrection de Lazare et ça ne prêtait pas à rire.  Le héros du Merrimac, lui,  il n'ajoutait rien à l'histoire sainte et je pouvais en rigoler. Je ne cherchais même pas à savoir quelle était cette guerre où il avait fallu couler le Merrimac.

Pour ne pas dire trop de sottises dans ce blog, j'ai fouillé un peu plus cette histoire. Cette recherche m'a donné de vraies surprises...   Vous vous en doutez, comme pour les Lucky Luke, c'est en quelques épisodes...

samedi 25 juin 2011

Pianissimo

Dans le salon, le dos au mur, mon vieux
piano attend. Un piano, c'est quelqu'un
de vivant, avec une naissance et une
mort. Quand on le fréquente, on entend
une voix qui est la sienne, une voix
différente des autres voix.

Personne n'a autant de patience, dans
cette maison, que mon piano. Les chats
n'ont aucune patience: quand ils veulent
entrer ou sortir, ils ne mâchent pas leurs
mots. Si leur plat est vide, j'entends
clairement leurs commentaires sur ma
négligence.  S'il y avait un concours de
patience, mon bouvier Charlot se
classerait très bien, mais il lui faudrait
concéder au piano la médaille du premier
prix de patience.

Pâtir, c'est souffrir. La patience, c'est la capacité d'endurer longtemps.  Mon piano endure le silence depuis des mois: depuis la visite de Roger qui s'était installé sur le petit banc pour jouer une mélodie. Avant cette visite de Roger, pour entendre les vibrations du piano, il faut remonter le temps jusqu'à  la visite de Gilles: lui-aussi se laisse aller à réveiller la musique.

Le silence, pour un piano, c'est signe d'une mise en quarantaine. Il garde silence quand il n'a personne à qui parler. Il ressemble à un dissident qui n'a pas droit de parole dans un pays totalitaire.

Certainement qu'après cette écriture du blog je vais regarder autrement mon piano silencieux. Je l'ai traité comme s'il était un meuble, utile à supporter une horloge et une lampe, et décoratif vu son antiquité. ll va me falloir réparer l'injustice, me réconcilier avec lui.  Appeler l'accordeur de piano pour qu'il vienne ajuster les cordes vocales du vieux piano, lui refaire une beauté. Ce meuble redevient quelqu'un: voilà à quoi servent les blogs.

vendredi 24 juin 2011

Les ailes de Colombo

La BBC nous apprend le décès de
Peter Falk. Mon ami Colombo, le
détective qui n'avait l'air de rien.
Évidemment qu'il ne me connaissait
pas, mais j'étais son ami quand même.

Encore et encore, j'ai regardé le film
Les ailes du désir. Colombo nous y
livrait sa vraie nature:  il était un de
ces anges qui en ont eu assez d'être
des ange-gardiens. À force de nous
côtoyer,  il leur venait ce besoin de
connaître de l'intérieur ce que c'est,
une vie humaine. Quand la décision
avait bien mûri, ils franchissaient le
pas, ils atterrissaient dans la vraie vie.
Quelle extraordinaire fantaisie!

Dans ce film, Colombo venait à
Berlin pour un contrat de travail.
Il en profitait surtout pour penser tout haut. Il humait l'air, sentait la présence de ses anciens collègues, ces anges hésitant encore à s'incarner. Il leur tendait la main.

Et puis, surprise:  Colombo dessinait dans son calepin les gens autour de lui. J'étais encore plus son ami.