mardi 31 mai 2011

Jeanne d'Arc runs again

Rien de plus gentil qu'une association
catholique comme les Lacordaire ou
les Jeanne d'Arc: du bien bon monde.
Ma mère en faisait partie. Mon père
était un mécréant, il n'avait pas été
recruté. Pas de blâme.
Dans ces associations paroissiales,
on s'engageait simplement à ne pas
laisser entrer une goutte d'alcool dans
sa maison. Sauf l"alcool à friction,
je suppose.
Sur semaine, mon père ne touchait
pas à l'alcool. En fin de semaine, il
descendait à la cave, et remontait les
marches avec une physionomie
différente. Pas de blâme.
Gabrielle avait le sens du devoir: elle
dénichait le gros gin caché dans la
cave, ou bien la cruche de vin
St-Georges:  elle les vidait
religieusement dans le lavabo de la
cuisine. Pas de blâme.
Moïse a bien brisé les tables de la
Loi, dans sa colère contre les fêtards.
Il les a aussi fait mettre à mort,  car il
faut donner des exemples en éducation.  Bref, chez les Jeanne d'Arc, on n'avait pas peur de mettre le feu aux poudres. Alors Charles marchait et marchait, dans le corridor de la maison, ne sachant pas ce qu'il allait faire de toute sa colère.  J'avais quatre ans et je craignais un meurtre. Jeanne d'Arc priait.  Pas de blâme.

lundi 30 mai 2011

le pouvoir des mots

Peut-être est-ce l'information, à la BBC,
concernant le Pakistan et ses lois qui
prévoient la peine de mort pour le délit
de blasphème, peut-être que c'est cette
sorte d'atrocité qui vient me souffler
d'en parler ici. Vous vous en doutez,
je suis allé consulter Wikipedia sur ce
mot. Je vous suggère d'en faire autant,
car je n'ai pas l'ambition de répéter ce
qui a été bien expliqué ailleurs.

Au Québec, c'est le châtiment éternel
qui tombait sur la tête de celui qui
blasphémait. Si la colère vous prenait
c'était hautement préférable de ne pas
vous en prendre au Très-Haut pour
faire sortir la vapeur.

Les mots font beaucoup plus que
nommer les gens et les choses. Les
paroles peuvent guérir. Elles peuvent
aussi détruire, anéantir. Autrefois
il y avait les bénédictions et les
malédictions:  on usait alors
carrément du pouvoir des mots!

dimanche 29 mai 2011

la croix noire

 Ce blog m'oblige à m'instruire,
vous n'en avez pas idée.
En voici un exemple:  je voulais
commenter un trait des ancêtres,
suite à la conférence de l'autre
soir: en Nouvelle-France,
en 1742,
on buvait du vin aux trois repas!

Au siècle suivant, l'alcool était
devenu un péché pour les curés
et un crime pour le législateur.
Tout un revirement!

il m'est revenu en mémoire
un nom, un fantôme: le fameux
Chiniquy...

Mon grand-père Alexandre se
souvenait du passage de Chiniquy
dans les rangs au nord de Joliette.
C'était la grande croisade de la
tempérance. Les habitants
faisaient le serment de ne plus
toucher un seul verre de boisson. Une croix noire était clouée sur le mur du salon. Chiniquy... quel personnage, à travers tout le Québec et aux Etats! Un rebelle excommunié. Je n'en savais pas plus.

Je me suis donc immergé de nouveau dans Wikipédia. Il y en a pour des heures tellement c'est captivant:  l'histoire de la boisson, des Lacordaire et Jeanne d'Arc, de la prohibition, des alambics!  C'est la petite histoire de nos familles, une histoire dont nos parents ne racontaient que des bribes...  Comme les bulles d'une coupe de champagne, ça me remonte en mémoire, à l'occasion de ce blog!

samedi 28 mai 2011

le chapelet en famille

J'ai la naîveté de croire que je n'ai plus
de naîveté.  Car cette croyance que j'ai
de ne plus être naïf, c'est encore une
croyance, et toutes les croyances sont
naïvetés d'enfant.

J'avalais tout, absolument tout. On me
faisait avaler cuillérée après cuillérée:
c'était du sirop pour le rhume, ou bien
un tonique amer. Plus il était amer,
plus il allait me guérir. Le meilleur pour
la santé, et le pire à avaler, c'était cette
cuillérée d'huile de ricin, ou bien l'huile
de castor. Plus tard, l'huile de foie de
morue, une cuillérée aussi. On se pinçait
le nez et on avalait.

Tout ce qui m'était enseigné, je le croyais.
C'était ainsi à l'école primaire, et ainsi
au collège.  Il n'y avait pas d'espace pour
contredire ou pour demander des preuves.
Apprendre, cela signifiait mémoriser.
On apprenait par coeur les questions et
les réponses. Il s'agissait de bien réciter
nos leçons.

Tout cela marque profondément une culture.  Nous étions un peuple en procession de la Fête-Dieu.  Même Charles, qui n'y croyait pas, se mettait à genoux pour réciter le chapelet en famille, quand ma mère Gabrielle nous faisait agenouiller. Dans ces moments, il était l'enfant d'autrefois, le petit Charles.
Une famille qui prie est une famille unie, affirmait notre cardinal Léger. Nous étions cette naïveté. Pas de blâme.

vendredi 27 mai 2011

Les mangeurs de patates

Quand j'ai lu dans le Journal de l'Ile
que l'historien Jean-Marie Lebel
allait donner une conférence sur
la vie quotidienne de nos ancêtres,
je n'ai pas hésité une seconde.  j'y
suis allé et j'ai bien fait.
Impossible d'en faire ici un résumé:
c'était riche comme un vieil album
de photos d'autrefois: il faudrait
commenter chacune de ces images.

Ces colons qui venaient s'installer
en Nouvelle-France, très vite ce
n'étaient plus des Français.  Ils
l'affirmaient nettement: nous sommes
des Canadiens.  Pehr Kalm, dans son
récit de voyage en Amérique, décrit
nos traits de caractère:  nous sommes
indécis, partagés entre le oui et le non.
Ce qui occupe nos conversations c'est
la température qu'il fait!  Et puis, nous
n'aimons pas la chicane... C'était en
1749.

Dix ans plus tard, c'est la conquête:
victoire des Anglais sur les Français.
Les bourgeois et les nobles retournent en France, et le clergé prend toute la place laissée vacante.  Ce pouvoir de l'Eglise devient omniprésent, il n'est plus contesté par des esprits libres.

Et puis nous aurions pu inspirer les premières toiles de Van Gogh: nous sommes devenus des mangeurs de patates, à chaque repas!

Je vois bien que je suis très loin de vous transmettre ce que communique une conférence de Jean-Marie Lebel: un réveil de la curiosité, un désir d'aller fouiner dans ces livres rares.

jeudi 26 mai 2011

un peu de sérieux

Du temps que j'étais fringant, j'habitais
avec ma petite famille le long du rang
Sud, à Ste-Victoire-de-Sorel.  Un pays
plat où pousse le blé d'inde à vache.
Elles sont raffinées, les vaches:  elles
préfèrent ne pas goûter au blé d'inde
pour humains, question de goût.  Elles
s'y connaissent en blé d'inde, elles en
ont ruminé le pour et le contre.

Mon voisin Lionel avait un bon
troupeau de ces vaches laitières.
Parfois elles longeaient mes clôtures
et reluquaient les laitues de mon jardin.
Mais le délice des délices pour une
vache, m'avait confié Lionel, c'est le
trèfle du printemps.  Comme tous les
délices des délices,  ça peut leur être
fatal... J'écoutais Lionel, je m'instruisais
avec ferveur.

Au printemps les vaches quittent l'ennui
de l'étable. C'est tout un choc pour elles,
m'expliquait Lionel.  Mettez-vous à leur
place, pensez à tous ces mois de noirceur, avec seulement le  vent lugubre à entendre. Voilà qu'on les pousse dans la lumière! Faut comprendre ce qu'elles ressentent en retrouvant toutes ces odeurs, toutes ces saveurs,  et le plaisir d'avancer à mi-jambe dans le trèfle:  elles sont enivrées, elles s'empiffrent comme si elles allaient en manquer... Elles oublient toute sagesse, les vaches.

Faut les sauver à temps, m'a dit Lionel, et vite les ramener à l'étable, sinon elles vont exploser...  Imaginez tout ce gaz de fermentation, produit par leurs trois estomacs... Ce que j'ai appris de Lionel, je vous le redonne: c'est notre force, à nous les humains, de nous transmettre les trésors de la science. Alors vous serez prévenus: évitez les détonations!  Ne laissez pas vos vaches brouter le trèfle pendant des heures, ces premières journées du printemps.

mercredi 25 mai 2011

Paradoxes du philosophe

Toujours à cette unique et extraordinaire
librairie d'occasion L'Ancre des Mots,
le hasard (aucun classement dans cette
caverne d'Ali Baba) m'a fait découvrir
ce petit volume  L'amour La solitude
par André Comte-Sponville.

C'est bon comme du pain croûté avec
de la gelée de pommettes dessus.  En
voici une tartinade avec ses paradoxes:

¨...nous n'avons de bonheur
que dans ces moments de grâce
où nous n'espérons rien...

...nous n'avons de bonheur
qu'à proportion du désespoir
que nous sommes capable
de supporter...

...le bonheur reste notre but...
et cela veut dire que nous ne
l'atteindrons qu'à la condition
d'y renoncer...

Voilà pour votre collation.  Les pommettes,  je les trouve au kiosque de monsieur Plante, le long du chemin Royal.  Essuyez-vous le bec.  Je vous en donnerai un pot, de cette gelée.