samedi 30 avril 2011

rire jaune, rire tricolore

Mon père Charles adorait rire. Pourtant
il trouvait peu d'occasions pour pratiquer
cette adoration: le sérieux et le tragique
étaient au menu quotidien. Il disait qu'il
était plus difficile d'écrire une bonne
comédie qu'une tragédie.  Et pourtant,
Molière était jaloux de Corneille et
Racine, triste de savoir faire rire.

On guette les premiers rires d'un enfant.
On provoque ces rires en le chatouillant.
On lui embrasse le ventre, on menace de
le dévorer, il rie de sa peur, il en
redemande.

Je me demande s'il y a de ce beau rire
quelque part, dans les pages de la Bible.
Il se peut que notre culture religieuse
aie été contaminée par le virus du
tragique, dès Abraham,  Seul le diable
avait le privilège d'un rire qui devenait
diabolique. Trois mille ans de sériosité.

Rire à en pleurer, à en avoir mal:
les muscles de la figure ne sont pas habitués à cette explosion d'hilarité.
Il y a beaucoup de libération dans le rire. Une sorte de victoire acquise.

vendredi 29 avril 2011

Après le popcorn

J'étais allé au ciné-parc avec les enfants.
Le film enfin terminé, je pensais ma tâche
remplie mais les petites m'ont appris qu'on
était à la pause popcorn seulement: c'était
un programme double, voyons donc!
Je n'étais pas de taille à leur résister,
je me suis résigné à ce deuxième film...

Il m'a saisi à la gorge. J'étais ébahi,
transporté,  envoûté, au moins autant
que mes filles!  Un chef d'oeuvre de film.
L'histoire sans fin.  Vous l'avez vu?

Plus tard j'ai déniché le récit de Michael
Ende:  tout aussi extraordinaire que le
film inspiré par le roman.  J'en ai acheté
des copies pour les donner à mes amis,
tellement j'étais euphorique de cette
découverte.

Quelle chance on a, tout de même,
nous les humains, d'avoir ce cadeau
de la parole écrite... car L'Histoire sans
fin est un roman sur le pouvoir d'un
livre dérobé chez un libraire!

jeudi 28 avril 2011

Cromagnon, chasseur-cueilleur

Pendant que Loupiotte et Waterman
s'occupaient à me calmer, hier soir,
Tornade bambochait dehors...
Tornade: l'autre matou, parti en
exploration nocturne.
Ce matin il est revenu, fatigué et fier
de lui, comme un pilote de guerre
rentrant de mission.
Devant la porte, il avait déposé son
trophée, un oiseau aux belles plumes.

Et moi qui vous recommande à tour
de bras d'avoir chats et chien!
Il faudra à l'avenir que je nuance
mes suggestions.
Mais pas de blâme, que je me dis.

On a été chasseurs pendant des
millénaires, alors on leur a donné
l'exemple, à nos amis domestiqués.
Et ensuite, quand on est devenu
agriculteurs, on comptait sur eux
pour protéger les sacs de blé et
d'orge contre l'invasion des souris.

Cet instinct de prédateur, faut bien
reconnaître qu'il est une stratégie de survie.  Je ne vous promets pas
de réussir à convaincre Tornade d'avoir plus de savoir-vivre...

mes amis paratonnerre

Il ventait  de fortes rafales qui
secouaient l'auto, quand je suis
rentré de Québec ce soir.  J'étais
tendu comme une corde de piano.
Tellement tendu:  je ne pouvais
pas me mettre à rédiger ce blog,
il fallait d'abord que le calme
revienne, un apaisement.  J'ai
éteint les lumières de la maison,
me suis assis confortablement
dans un fauteuil.

Waterman est venu le premier,
s'installer pour dormir sur moi.
C'est un bon gros chat, d'une
douceur incroyable. Je caressais
sa fourrure, il s'est mis à lécher
mes doigts, d'une langue rèche
comme  un papier sablé. Avec
application, comme pour goûter
tout le sel de la peau.

Puis sa soeur Loupiotte s'est
trouvé une place, pour me donner
un massage sur l'estomac. Elle
trouve d'instinct le creux de
l'estomac, elle a ce don.  Mon
ami Charlot, le gros bouvier,
s'est étendu à trois pas, pour ne
rien perdre de la fête.

J'ai des amis qui vivent dans des condos où le règlement ne permet pas la présence de ces amis chiens et chats. C'est se priver de tellement de gentillesse.

mardi 26 avril 2011

Ferdinand

Je regardais Charlot, et lui
me regardait.  Charlot c'est mon
bouvier bernois, le silencieux.
J'aurais aimé qu'il m'aide
à trouver un filon à suivre,
comme une mélodie simple,
pour ce blog ci. Et puis
j'ai pensé à Ferdinand.
Mon deuxième grand-père.

Je le connais par quatre photos
seulement. Du temps du cinéma
muet. Ferdinand est mort quand
mon père avait douze ans, c'était
donc il y a longtemps. D'une
façon silencieuse, je le connais,
vu que c'est mon grand-père.

Il accordait les pianos, avec un
don exceptionnel:  il avait
l'oreille absolue. À l'usine qui
fabriquait les pianos Willis, à
Ste-Thérèse, on avait réservé
une petite salle pour Ferdinand:
il mettait la touche finale à la table d'harmonie du piano tout neuf, avant qu'il quitte l'usine.  Oui, je crois que Ferdinand était un silencieux, c'est bien ce que Charlot voulait me dire, dans son beau regard.

lundi 25 avril 2011

pas de repos pour Marco Polo

Il y avait, et il y a toujours, un fichu
paradoxe dans cette phrase mystique
et mystifiante: ¨Tu ne me chercherais
pas si tu ne m'avais déjà trouvé.¨

Je vous invite à mettre ça dans votre
pipe. Comme Alexandre mon grand
père, qui tassait son tabac en braise,
avec son pouce noirci, tout en tenant
une allumette allumée au dessus de
cette pipe:  J'admirais chaque bouffée.
Je suppose maintenant qu'Alexandre
goûtait aussi l'admiration du petit-fils,
en donnant ce spectacle unique.

On chercherait donc une soif plutôt
que le verre d'eau.  On a soif de la
soif.  On a le désir du désir.

ou bien:  La preuve que tu m'as
trouvé, c'est que tu ne m'as pas
trouvé.

oui, il était fascinant, le grand-père
qui allumait sa pipe, tassant la braise
avec le pouce, comme si de rien n'était...

dimanche 24 avril 2011

Sésame, ouvre-toi

Ali Baba et les 40 voleurs... vous
connaissez l'auteur du récit?  Pour
ma part, j'ai un indice, je sais qu'il
avait entre quatre et cinq ans.

C'est l'âge de Loïc, mon petit-fils.
Il invente les formules magiques
qui ouvrent les portes mystérieuses.
¨Petit pinceau petit marteau¨  ouvre
une de ces portes. Il faut promener
sa main sur la reliure d'une série de
volumes, en disant la formule, c'est
évident.

On aurait parfois le goût de mettre
ce petit génie dans une bouteille,
là où souvent les génies se reposent,
tellement il est ingénieux et
sautillant, mon petit-fils, mais c'est
pas une bonne idée, et puis, il
inventerait une formule magique
pour ouvrir la bouteille.