La soirée avançait. À sa mine fatiguée, je comprenais que Galilée allait devoir se reposer, mais le vieux professeur continuait son récit:
" Quand j'ai obtenu ce poste d'enseignement à Padoue, celui qui avait été refusé à Bruno, je suis entré dans une vie trépidante qui ne s'est jamais ralentie, pendant ces dix-huit ans où j'ai travaillé dans ce laboratoire d'idées. Vous n'avez pas idée de l'effervescence de cette époque! Une fièvre nous a tous gagnés, les scientifiques. Nous étions constamment à l'affut des travaux des confrères de toutes les capitales d'Europe. Dans chacune des sciences, les découvertes se précipitaient. Depuis des siècles, rien de tel ne s'était passé.
" Je vous ai dit que je travaillais dans un laboratoire d'idées: ce n'est pas exact. Je suis un manuel, vous savez. C'est de famille, notre intelligence est dans nos mains. Ce laboratoire d'idées, c'était aussi un atelier de bricolage incroyable. Pour mes travaux de recherche, je perfectionnais les instruments de l'époque, ou bien j'inventais un nouvel outil quand il n'y en avait pas. Ces inventions me propulsaient dans des recherches pleines de possibilités inédites.
" J'ai inventé le microscope: un monde d'observations s'ouvrait. Ensuite, pour mesurer l'effet du froid ou du chaud sur différents liquides, puis sur les solides, j'ai inventé le thermomètre... J'ai ensuite perfectionné le compas de proportion: si vous aviez vu l'effet que cela a produit chez les architectes: il leur devenait facile de calculer les arches des ponts en construction.
" C'était à la fois du pratique et de la science théorique. J'ai inventé une pompe à eau, puis j'ai établi une formule algébrique pour le mouvement accéléré. J'expérimentais sur les aimants. J'étudiais la trajectoire des solides dans un espace sous vide: j'ai ainsi calculé la courbe parabolique de la trajectoire des projectiles. Tout cela trouvait une application militaire, utile pour les ambitions de Venise. "
Je réalisais que j'étais loin d'avoir affaire à un philosophe buté sur une idée fixe. Galilée était un kaléidoscope, un feu roulant d'inventions passionnantes.
chaque jour, un court texte et un dessin. vous pouvez envoyer un courriel à l'adresse: hubertbeaudry@videotron.ca ou, cliquer sur commentaire. ce blog expérimente et va se transformer comme toute plante, avec une dose de photosynthèse
jeudi 8 septembre 2011
mercredi 7 septembre 2011
L'auteur: les silences en musique
J'accumule les informations sur Galilée, il n'en manque pas. Mon ami Demontigny m'a fait connaître de bons liens qui me permettent de consulter, d'apprendre quelle a été la vie de cette famille. Encore une fois, il y a ce lien inattendu entre la musique et les mathématiques, entre l'art et le rêve scientifique. Le père de Galilée était luthier, qui réfléchissait et écrivait sur la musique. Le fils de Galilée, qui porte le même prénom que son grand-père, Vincenzo, est aussi musicien, poète. Il étudie en droit, mais s'occupe à inventer de nouveaux instruments de musique! Ça me rappelle Kepler, contemporain de Galilée, astronome fasciné par le mouvement des planètes, qui en dessinait la courbe, et qui notait la musique différente de chaque planète!
Galilée perfectionne la lunette astronomique inventée en Hollande: elle grossissait 3 fois, celle de Galilée grossira 20 fois. Avec ses yeux malades, il observe les phases de Vénus, les lunes de Jupiter, les taches sur le soleil, la hauteur des montagnes sur la lune. Et puis il crée le premier microscope: ça n'a pas inquiété le Saint Office. Ce qui vient perturber l'Eglise, c'est l'affirmation qu'il faut apprendre à lire l'Univers, non dans la Bible mais avec nos yeux et notre cerveau. Galilée dit que l'alphabet de cette écriture, dans laquelle s'écrit la connaissance du monde, c'est le triangle, le cercle, les formes géométriques. Aristote et Saint Thomas d'Aquin s'effondrent: ça secoue les mitres sur la tête des cardinaux. Ils ont décidé qu'ils sont les seuls qui peuvent dire ce qui est le vrai et le faux dans la science. C'est une lutte de pouvoir, et en 1600 l'Eglise brûle les hérétiques depuis quatre siècles au moins.
Nous sortons à peine de cette époque. Quand c'est le jour, on oublie la nuit qu'on vient de quitter. Ceux qui ont vécu dans cette nuit ont vécu un cauchemar.
Mais il faudra revenir bientôt à notre ami Socrate. La visite chez Galilée, même si elle est passionnante, ne pourra pas s'éterniser: les heures de Socrate sont comptées.
Galilée perfectionne la lunette astronomique inventée en Hollande: elle grossissait 3 fois, celle de Galilée grossira 20 fois. Avec ses yeux malades, il observe les phases de Vénus, les lunes de Jupiter, les taches sur le soleil, la hauteur des montagnes sur la lune. Et puis il crée le premier microscope: ça n'a pas inquiété le Saint Office. Ce qui vient perturber l'Eglise, c'est l'affirmation qu'il faut apprendre à lire l'Univers, non dans la Bible mais avec nos yeux et notre cerveau. Galilée dit que l'alphabet de cette écriture, dans laquelle s'écrit la connaissance du monde, c'est le triangle, le cercle, les formes géométriques. Aristote et Saint Thomas d'Aquin s'effondrent: ça secoue les mitres sur la tête des cardinaux. Ils ont décidé qu'ils sont les seuls qui peuvent dire ce qui est le vrai et le faux dans la science. C'est une lutte de pouvoir, et en 1600 l'Eglise brûle les hérétiques depuis quatre siècles au moins.
Nous sortons à peine de cette époque. Quand c'est le jour, on oublie la nuit qu'on vient de quitter. Ceux qui ont vécu dans cette nuit ont vécu un cauchemar.
Mais il faudra revenir bientôt à notre ami Socrate. La visite chez Galilée, même si elle est passionnante, ne pourra pas s'éterniser: les heures de Socrate sont comptées.
lundi 5 septembre 2011
23- Botticelli et Leonardo
Je tâchais d'emmagasiner dans ma mémoire cette vie que Galilée me racontait. J'étais sans doute une des rares personnes qui en auraient le privilège:
" Je vous ai parlé de cette peur qui ne m'a jamais lâché depuis que j'ai assisté au terrible supplice: quand l'Inquisition a brûlé vif Giordano Bruno, sur la Place du Marché des Fleurs.
" Il y a aussi l'amour dont je dois vous parler. Vous comprendrez pourquoi je devais rester en vie, coûte que coûte, et accepter de tout renier.
" Quand j'ai quitté la place du supplice, après la mort de Bruno, je suis rentré au plus vite à Padoue. Il était temps que je rentre à la maison: mon amoureuse, Marina, accouchait de notre première fille, Virginia.
" Marina et moi, nous n'étions pas mariés. Disons que les circonstances ne permettaient pas de célébrer un mariage à l'église, mais on célébrait l'amour. Marina, c'était une vénitienne belle comme ces modèles de Botticelli et de Leonardo.
" L'année suivante, nous est venue une deuxième fille, Livia: la vraie jumelle de sa soeur. Cinq ans plus tard, elles ont eu un petit frère. Il porte le nom de son grand-père, Vincenzo. Ces trois enfants, ça été ma vie, tout autant que la recherche scientifique, je vous assure.
" La vie est imprévisible: en 1610, la belle Marina m'a quitté et j'ai pris la charge des trois enfants. Je devenais le père et la mère. "
" Je vous ai parlé de cette peur qui ne m'a jamais lâché depuis que j'ai assisté au terrible supplice: quand l'Inquisition a brûlé vif Giordano Bruno, sur la Place du Marché des Fleurs.
" Il y a aussi l'amour dont je dois vous parler. Vous comprendrez pourquoi je devais rester en vie, coûte que coûte, et accepter de tout renier.
" Quand j'ai quitté la place du supplice, après la mort de Bruno, je suis rentré au plus vite à Padoue. Il était temps que je rentre à la maison: mon amoureuse, Marina, accouchait de notre première fille, Virginia.
" Marina et moi, nous n'étions pas mariés. Disons que les circonstances ne permettaient pas de célébrer un mariage à l'église, mais on célébrait l'amour. Marina, c'était une vénitienne belle comme ces modèles de Botticelli et de Leonardo.
" L'année suivante, nous est venue une deuxième fille, Livia: la vraie jumelle de sa soeur. Cinq ans plus tard, elles ont eu un petit frère. Il porte le nom de son grand-père, Vincenzo. Ces trois enfants, ça été ma vie, tout autant que la recherche scientifique, je vous assure.
" La vie est imprévisible: en 1610, la belle Marina m'a quitté et j'ai pris la charge des trois enfants. Je devenais le père et la mère. "
dimanche 4 septembre 2011
note: il pleut sur la ville
L'auteur: Nous sommes donc chez Galilée. Il est vieilli, usé par les rhumatismes, et à moitié aveugle. L'Eglise l'a confiné en prison chez lui, avec interdiction de visiteurs. Galilée raconte pourquoi il s'est écrasé à la fin de son procès, prêt à tous les reniements, pour qu'on le laisse en vie.
C'est un coup de tête, cette décision subite d'aller chez Galilée. Il y a Socrate qui attend dans sa cellule: quand arriveront les deux navires qui sont allé aux festivités de Délos, la sentence de mort va s'appliquer pour lui. On l'a accusé d'impiété, comme on l'a fait pour d'autres citoyens de son époque, et ce crime est passible de mort ou d'exil... Socrate ne veut rien entendre quand ses amis ont tout arrangé pour qu'il puisse éviter la mort et s'exiler... Tout le contraire de Galilée, qui s'accommode de l'exil pour échapper à la mort. La motivation de Galilée pourrait-elle se communiquer à Socrate?
Aujourd'hui j'en arrivais à Virginia, la fille ainée de Galilée. Il me fallait vérifier un peu la vie de famille de Galilée, le nom de son épouse, etc. J'ai découvert qu'il y avait beaucoup à lire et à comprendre sur la vie de Galilée, j'y ai donc passé pas mal de temps, mais cette recherche doit continuer un peu. Le danger qu'il me faut éviter, c'est de m'éloigner trop longtemps de Socrate. C'est tentant d'entrer plus profondément dans la vie de Galilée. Tenez, par exemple: ce Robert Bellarmin, ça me démange le lui faire un nouveau procès. On sait qu'il n'y a pas si longtemps Rome lui a fait un procès de canonisation. Alors, le saint jésuite, un bourreau de l'Inquisition, nous nous mettions à genoux pour l'invoquer, lui qui envoyait les scientifiques de son époque au bûcher, s'ils ne renonçaient pas à l'hérésie de croire que la terre tourne autour du soleil! Ora pro nobis. Mais faut résister, et m'en tenir à l'histoire de Socrate...
Je vous raconte où j'en suis dans cette écriture: nous sommes des complices dans cette aventure. Et puis il y a un plaisir à voir comment se construit ce récit, au fur et à mesure qu'on avance dans cette rivière souterraine et qu'on découvre des salles pleines de stalactites!
C'est un coup de tête, cette décision subite d'aller chez Galilée. Il y a Socrate qui attend dans sa cellule: quand arriveront les deux navires qui sont allé aux festivités de Délos, la sentence de mort va s'appliquer pour lui. On l'a accusé d'impiété, comme on l'a fait pour d'autres citoyens de son époque, et ce crime est passible de mort ou d'exil... Socrate ne veut rien entendre quand ses amis ont tout arrangé pour qu'il puisse éviter la mort et s'exiler... Tout le contraire de Galilée, qui s'accommode de l'exil pour échapper à la mort. La motivation de Galilée pourrait-elle se communiquer à Socrate?
Aujourd'hui j'en arrivais à Virginia, la fille ainée de Galilée. Il me fallait vérifier un peu la vie de famille de Galilée, le nom de son épouse, etc. J'ai découvert qu'il y avait beaucoup à lire et à comprendre sur la vie de Galilée, j'y ai donc passé pas mal de temps, mais cette recherche doit continuer un peu. Le danger qu'il me faut éviter, c'est de m'éloigner trop longtemps de Socrate. C'est tentant d'entrer plus profondément dans la vie de Galilée. Tenez, par exemple: ce Robert Bellarmin, ça me démange le lui faire un nouveau procès. On sait qu'il n'y a pas si longtemps Rome lui a fait un procès de canonisation. Alors, le saint jésuite, un bourreau de l'Inquisition, nous nous mettions à genoux pour l'invoquer, lui qui envoyait les scientifiques de son époque au bûcher, s'ils ne renonçaient pas à l'hérésie de croire que la terre tourne autour du soleil! Ora pro nobis. Mais faut résister, et m'en tenir à l'histoire de Socrate...
Je vous raconte où j'en suis dans cette écriture: nous sommes des complices dans cette aventure. Et puis il y a un plaisir à voir comment se construit ce récit, au fur et à mesure qu'on avance dans cette rivière souterraine et qu'on découvre des salles pleines de stalactites!
samedi 3 septembre 2011
22- Les mains soignées de Robert Bellarmin
C'est pas tous les jours qu'on peut entendre Galilée qui se raconte... Je ne perdais pas un mot de son récit:
" J'avais croisé le destin de Giordano Bruno, quelques mois avant qu'il se fasse épingler par le St-Office. C'était en 1593: on avait refusé à Bruno un poste d'enseignement des mathématiques à Padoue. Or, c'est à moi qu'on avait attribué cette chaire de mathématiques!
" Bruno avait donc quitté Padoue, pour aller s'héberger à Venise, chez un diplomate rencontré l'année précédente en Allemagne, le sieur Macenigo. Durant deux mois, Bruno lui avait enseigné ses trucs de mnémotechnie. Quand Bruno avait annoncé son départ pour l'étranger, Macenigo avait couru le dénoncer à l'Inquisition, sans doute pour se protéger lui-même.
" Nos vies tiennent à de subtils hasards... Imaginez: si Bruno avait obtenu cette chaire de mathématiques à Padoue, il aurait pu échapper aux griffes du saint cardinal Bellarmin. J'aurais trouvé un gagne-pain ailleurs.
" C'est à croire que mon destin ne se détache pas de celui de Bruno. Vous en voulez un autre exemple? En 1616, j'ai été à mon tour sommé de comparaître devant ce cardinal Bellarmin, maintenant promus à la tête des Congrégations de l'Index et du St-Office: le bras droit du pape. Le saint cardinal jésuite m'a reçu dans cette même pièce où il avait dirigé pendant sept ans les interrogatoires de son prisonnier Bruno. J'étais petit dans mes souliers.
" Comme à l'accoutumée, le saint prélat était tout miel, d'une grande affabilité, curieux d'échanger sur mes recherches en astronomie. Il avait glissé cette phrase: "Sans doute que les théories de Copernic vous intéressent... Elles avaient beaucoup d'intérêt pour ce pauvre Bruno... Dommage qu'un type aussi brillant que lui se soit obstiné jusqu'à la fin à soutenir ce que l'Eglise rejette catégoriquement... " Me croyant habile, j'avais expliqué au cardinal que les travaux de Copernic étaient utiles pour donner des raccourcis dans les calculs des astronomes. On pouvait se servir de ces formules mathématiques sans adopter son hypothèse d'un monde qui tourne autour du soleil.
" Bellarmin en avait fini avec les civilités. Il m'a tendu un document à signer: le pape lui-même l'exigeait. Je devais m'engager à ne jamais soutenir le système de Copernic. Il m'était interdit d'en faire la promotion dans mes paroles ou mes écrits. Vous pouvez me croire, je n'ai pas hésité à signer cette acceptation. Je ne me doutais pas qu'on allait me servir ce document pour m'inculper à mon tour, treize ans plus tard. "
" J'avais croisé le destin de Giordano Bruno, quelques mois avant qu'il se fasse épingler par le St-Office. C'était en 1593: on avait refusé à Bruno un poste d'enseignement des mathématiques à Padoue. Or, c'est à moi qu'on avait attribué cette chaire de mathématiques!
" Bruno avait donc quitté Padoue, pour aller s'héberger à Venise, chez un diplomate rencontré l'année précédente en Allemagne, le sieur Macenigo. Durant deux mois, Bruno lui avait enseigné ses trucs de mnémotechnie. Quand Bruno avait annoncé son départ pour l'étranger, Macenigo avait couru le dénoncer à l'Inquisition, sans doute pour se protéger lui-même.
" Nos vies tiennent à de subtils hasards... Imaginez: si Bruno avait obtenu cette chaire de mathématiques à Padoue, il aurait pu échapper aux griffes du saint cardinal Bellarmin. J'aurais trouvé un gagne-pain ailleurs.
" C'est à croire que mon destin ne se détache pas de celui de Bruno. Vous en voulez un autre exemple? En 1616, j'ai été à mon tour sommé de comparaître devant ce cardinal Bellarmin, maintenant promus à la tête des Congrégations de l'Index et du St-Office: le bras droit du pape. Le saint cardinal jésuite m'a reçu dans cette même pièce où il avait dirigé pendant sept ans les interrogatoires de son prisonnier Bruno. J'étais petit dans mes souliers.
" Comme à l'accoutumée, le saint prélat était tout miel, d'une grande affabilité, curieux d'échanger sur mes recherches en astronomie. Il avait glissé cette phrase: "Sans doute que les théories de Copernic vous intéressent... Elles avaient beaucoup d'intérêt pour ce pauvre Bruno... Dommage qu'un type aussi brillant que lui se soit obstiné jusqu'à la fin à soutenir ce que l'Eglise rejette catégoriquement... " Me croyant habile, j'avais expliqué au cardinal que les travaux de Copernic étaient utiles pour donner des raccourcis dans les calculs des astronomes. On pouvait se servir de ces formules mathématiques sans adopter son hypothèse d'un monde qui tourne autour du soleil.
" Bellarmin en avait fini avec les civilités. Il m'a tendu un document à signer: le pape lui-même l'exigeait. Je devais m'engager à ne jamais soutenir le système de Copernic. Il m'était interdit d'en faire la promotion dans mes paroles ou mes écrits. Vous pouvez me croire, je n'ai pas hésité à signer cette acceptation. Je ne me doutais pas qu'on allait me servir ce document pour m'inculper à mon tour, treize ans plus tard. "
vendredi 2 septembre 2011
21- Au marché des fleurs
Le professeur Galilée m'avait annoncé qu'il m'expliquerait sa peur, celle qui l'avait fait capituler devant les cardinaux de Saint-Office et renier tout son enseignement. Je l'écoutais, attentif à ne pas l'interrompre:
" Cette journée-là je me trouvais à Rome. C'était il y a 37 ans, un 17 février. Cette date n'est pas prête à s'effacer de ma mémoire... Le printemps est parfois hâtif à Rome, cette journée-là était particulièrement ensoleillée. La foule se pressait au Campo del Fiori, cette place de Rome où les vendeurs de fleurs installent leurs étalages, à côté des marchands d'oiseaux et d'animaux domestiques. Cette après-midi là, les commerces n'ont rien vendu: la foule leur tournait le dos. Tout le monde se pressait pour voir l'exécution d'un hérétique, qui allait être brûlé vif, condamné par l'Inquisition. Les huit cardinaux, dans leurs toges écarlates, avaient pris place sur l'estrade d'honneur. Je distinguais le chétif et redoutable cardinal Robert Bellarmin, celui qui avait présidé cette cour ecclésiastique. Il avait dirigé les interrogatoires, durant les sept années de ce procès interminable.
" Je me souviens d'avoir vu le prisonnier qu'on traînait au bûcher: une chaîne entravait sa bouche, pour l'empêcher de dire un mot. Pourtant je vous assure que j'entends ses cris et ses discours, depuis ce jour, dans mes cauchemars. Il y a eu la lecture de la sentence pour les multiples hérésies de cet homme. Puis le bourreau a allumé les fagots du bûcher. J'ai vu se tordre Giordani Bruno, brûlé vif. J'ai su très clairement que jamais, au grand jamais, je n'aurais le courage d'affronter cet enfer.
" Bruno était mon aîné de seize ans. C'était un prodige, un être exceptionnel. Je le connaissais mais lui ne me connaissait pas. J'avais suivi ses exploits à travers les récits qu'on en faisait: il avait enseigné dans plus d'une douzaine de villes universitaires, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Suisse, en Suède, et bien sûr en Italie. Les monarques tenaient à l'attirer à leur cour, pour vérifier si ce qu'on racontait sur ses dons étaient bien réels: une seule lecture d'un traité lui suffisait pour qu'il en retienne définitivement chaque mot. Son cerveau valait les meilleures bibliothèques.
" Comme moi, Bruno était disciple de Copernic. L'Inquisition le tuait pour avoir tenu, entre autres hérésies, l'opinion blasphématoire d'une terre qui tourne autour du soleil. J'étais une fourmi à côté de ce géant. Je regardais émerveillé quelques milliers d'étoiles dans un télescope qui grossissait trente fois. Lui, il discernait une infinité de mondes semblables à notre monde. Son cerveau visionnaire se passait de télescope, il voyait l'univers comme personne avant lui ne l'avait vu.
" Cette journée du 17 février 1600, croyez-moi, la peur m'a saisit définitivement."
" Cette journée-là je me trouvais à Rome. C'était il y a 37 ans, un 17 février. Cette date n'est pas prête à s'effacer de ma mémoire... Le printemps est parfois hâtif à Rome, cette journée-là était particulièrement ensoleillée. La foule se pressait au Campo del Fiori, cette place de Rome où les vendeurs de fleurs installent leurs étalages, à côté des marchands d'oiseaux et d'animaux domestiques. Cette après-midi là, les commerces n'ont rien vendu: la foule leur tournait le dos. Tout le monde se pressait pour voir l'exécution d'un hérétique, qui allait être brûlé vif, condamné par l'Inquisition. Les huit cardinaux, dans leurs toges écarlates, avaient pris place sur l'estrade d'honneur. Je distinguais le chétif et redoutable cardinal Robert Bellarmin, celui qui avait présidé cette cour ecclésiastique. Il avait dirigé les interrogatoires, durant les sept années de ce procès interminable.
" Je me souviens d'avoir vu le prisonnier qu'on traînait au bûcher: une chaîne entravait sa bouche, pour l'empêcher de dire un mot. Pourtant je vous assure que j'entends ses cris et ses discours, depuis ce jour, dans mes cauchemars. Il y a eu la lecture de la sentence pour les multiples hérésies de cet homme. Puis le bourreau a allumé les fagots du bûcher. J'ai vu se tordre Giordani Bruno, brûlé vif. J'ai su très clairement que jamais, au grand jamais, je n'aurais le courage d'affronter cet enfer.
" Bruno était mon aîné de seize ans. C'était un prodige, un être exceptionnel. Je le connaissais mais lui ne me connaissait pas. J'avais suivi ses exploits à travers les récits qu'on en faisait: il avait enseigné dans plus d'une douzaine de villes universitaires, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Suisse, en Suède, et bien sûr en Italie. Les monarques tenaient à l'attirer à leur cour, pour vérifier si ce qu'on racontait sur ses dons étaient bien réels: une seule lecture d'un traité lui suffisait pour qu'il en retienne définitivement chaque mot. Son cerveau valait les meilleures bibliothèques.
" Comme moi, Bruno était disciple de Copernic. L'Inquisition le tuait pour avoir tenu, entre autres hérésies, l'opinion blasphématoire d'une terre qui tourne autour du soleil. J'étais une fourmi à côté de ce géant. Je regardais émerveillé quelques milliers d'étoiles dans un télescope qui grossissait trente fois. Lui, il discernait une infinité de mondes semblables à notre monde. Son cerveau visionnaire se passait de télescope, il voyait l'univers comme personne avant lui ne l'avait vu.
" Cette journée du 17 février 1600, croyez-moi, la peur m'a saisit définitivement."
jeudi 1 septembre 2011
encore cet auteur, faute de mieux
Ben oui, faudra attendre à demain pour la suite du récit, chez Galilée ou ailleurs. L'auteur, il a été pris par tout ce qu'on voudra sauf sa vraie job d'écriture, hé oui, c'est comme ça et pas autrement. Pour le dire mieux: ce récit d'une visite chez Galilée, surtout s'il commence à nous parler du moine Bruno, ça suppose pas mal de lecture et de réflexion, plus du silence pour trouver le ton juste. Si je me mettais à y penser pour le vrai, je ne me risquerais pas à de l'écriture: ça va donc rester aussi un jeu, une fantaisie.
Aujourd'hui je me suis demandé ce qui se passait à Québec, du temps où Galilée était en prison à cause de ce qu'il publiait sur l'astronomie. J'ai pensé aussi qu'on ferme vite les yeux sur l'Inquisition, celle de ces années où l'Eglise avait le gros bout du bâton. Le franc parler, la liberté de dire ce qu'on pense, ce n'est pas encore dans nos moeurs. Journalistes sans frontières.
Aujourd'hui je me suis demandé ce qui se passait à Québec, du temps où Galilée était en prison à cause de ce qu'il publiait sur l'astronomie. J'ai pensé aussi qu'on ferme vite les yeux sur l'Inquisition, celle de ces années où l'Eglise avait le gros bout du bâton. Le franc parler, la liberté de dire ce qu'on pense, ce n'est pas encore dans nos moeurs. Journalistes sans frontières.
Inscription à :
Articles (Atom)






