mardi 7 juin 2011

lao-tseu et le pouvoir

Le journal agit comme un haut-parleur,
il amplifie la nouvelle.  Une fois sur les
ondes, ou imprimée en manchettes du
quotidien, cette nouvelle devient un
cerf-volant qui grimpe pour s'ébattre
au bout de sa corde.

En politique, c'est l'amplification qui est
recherchée, la sonorité et l'éclat, le
retentissement.  Le cocorico du coq.

Si je me souviens bien, Lao-Tseu
suggérait tout le contraire. C'était un
grand maître du paradoxe.  Pour lui,
il ne fallait pas forcer la réalité.
À la limite, l'action la plus efficace
c'était celle de l'immobilité.

À ne pas confondre avec la peur,
la paralysie, ou le sommeil...

lundi 6 juin 2011

Hommage au Pissenlit

Les cultivateurs n'aiment pas les pissenlits.
Ils n'aiment pas les marguerites non plus.
La raison est lourde: les vaches n'en mangent
pas.
On trouve des marguerites hybrides chez
les fleuristes. On ne trouve pas de pissenlits
hybrides. C'est évident qu'il y a un parti-pris.
Alors il est grand temps de réparer un peu
l'injustice.
Il y a douze raisons d'aimer les pissenlits, mais
pourquoi faudrait-il justifier l'amour qu'on a?
Je les aime.
Les marguerites sont au féminin, alors
faisons la même faveur aux belles
pissenlits. Ou bien mettons les marguerites
au masculin, sur un pied d'égalité.
Ciel purgatoire enfer, J'me marie,
j'me marie pas, j'fais une soeur. Voilà:
les marguerites disaient l'avenir, quitte à
se dévêtir, pétale après pétale.
Les pissenlits nous fournissaient en
bracelets, en colliers, en bagues.  Et tous
ces parachutes qu'on soufflait sans savoir
que Larousse en ferait sa couverture de
dictionnaire...
Ce soir j'ai vu ces belles fleurs de pissenlits au bord de la rue: je les ai caressées, elles étaient très douces, et pas maussades pour un sou. Je comprends que les abeilles en raffolent.  Un peu plus loin, toujours sur le bord de la rue, j'ai cueilli des tiges de muguet:  toute la cuisine ce soir en est parfumée!

dimanche 5 juin 2011

le ruisseau tout neuf

Au bout du sentier on arrive à
un ponceau.  Charlot va
s'étendre dans le ruisseau et
se met à boire. Vu la pluie
abondante du printemps, les
cascades font de la musique.

J'ai demandé à ce ruisseau
bavard ce qu'il me suggérait
pour ce blog.  Ne pas retenir,
laisser couler...

Il sait de quoi il parle, ce
petit ruisseau: depuis le
temps qu'il charrie une eau
immémoriale: Une eau toute
fraîche, toute neuve, qui
s'invente une promenade
jusqu'au fleuve, et pourtant
une eau si vieille, si vieille...

Ces molécules d'eau ont
atterri sur la planète Terre
quand elle se formait, il y a
4,567,000,000 années...
L'eau qui passe en vapeur, gonfle les nuages, puis retombe en pluie, en grésil, en neige... Cette eau qui a connu, de l'intérieur, tout ce qui a poussé, tout ce qui a bougé, pendant ces millions d'années.  Toujours la même eau, en résonance de tout le vivant, comme une toile tendue sur un tambour...

samedi 4 juin 2011

La fête des voisins

Je crois que tout le monde
souhaite plus de chaleur
humaine, plus de contacts,
plus d'amitié. Mais quel est
le truc pour que ça existe?

S'il y a des enfants, ils
voyagent d'un terrain à
l'autre, ils ne sont pas
confinés comme les
adultes le sont. Par les
enfants, les liens
s'établissent entre
voisins.  Mais s'il n'y a
plus d'enfants?

Alors il reste à inventer.
Attendre est la pire
stratégie. Sans en faire
un programme politique
ni un plan quinquennal,
il faut un pas qui risque
cette visite, il faut des
mots qui saluent, il faut
des prétextes pour que
circulent des échanges.  Je crois que ça doit partir d'une intuition, d'un geste spontané. Comme les enfants le font:  avec légèreté, pour le plaisir du jeu.

vendredi 3 juin 2011

Taraboum taraboum

Dans quelques jours elle aura deux ans
Iris, ma petite-fille. Je suis passé la voir
fin d'après-midi, il faisait chaud, on est
sortis dans la cour. Tiens, Iris, on va
faire la parade! Elle m'a donné la main,
on a marché à pas saccadés, j'imitais le
tambour. On se rendait jusqu'au
pissenlit bien jaune, celui qui pousse
devant les tulipes. On le saluait.
Boum boum taraboum. Demi-tour,
on repartait jusqu'à l'autre talle de
pissenlits, bien jaunes eux aussi.
Re-salut, re-tambour.

Tout ça pour le privilège de tenir
cette petite main dans la mienne.

Depuis deux jours, elle accepte de dire
son nom. Avant, elle se nommait bébé,
comme les autres bébés rencontrés.
Maintenant elle est Iris. Aussi, elle
nomme nos noms, à sa façon.

Je fais le même apprentissage que ma
petite-fille, en vous écrivant ce blog. Je parade en marquant le pas, je joue du tambour et je tiens la main à qui me prend par la main.

le fou-rire

Ma soeur avait quatre ans de plus que
moi: c'est toute une différence, quand
on est des enfants. Ses amies étaient
donc toutes trop vieilles pour être mes
amies.  Dit autrement, j'étais un bébé
pour elles.

Un jour, une des amies de ma soeur,
Esther ou Mance, était venue dans
notre petit salon. Il se passait quelque
chose d'inhabituel: Tout ce monde des
grands insistait pour l'entendre réciter
un poème.

C'était très beau. Sa voix était forte,
les émotions rebondissaient tout
autour, et moi j'avais éclaté de rire,
d'un fou-rire idiot, incontrôlable.
Je me demande même si nous
n'avions pas été quelques-uns à être
ainsi secoués par un rire étrange,
honteux, gênant
comme une puanteur.

Sans doute que ma mère avait félicité cette voisine pleine de talent dramatique. Je me souviens que cette fille avait quitté rapidement notre salon.  Je n'ose pas imaginer l'effet qu'elle a dû ressentir de provoquer le rire alors que son texte devait nous faire pleurer.

Maintenant, après toutes ces années, je sais bien qu'il n'y avait pas d'autre issue pour moi que la culbute dans ce rire nerveux pour m'éviter cette trop grande vague d'émotion, ce tsunami pour l'âme.

mercredi 1 juin 2011

Coups de vent

Alerte en majuscules:  avertissement
de vents violents et d'un orage.  Je
me suis dépêché d'aller promener
Charlot,  avant cette fin du monde
annoncée. Au bord du fleuve, les
vagues se culbutaient sur les rochers
et sur le muret du quai. Des nuages
gris-jaunes dérapaient à plein ciel,
direction nord-est.

Charlot s'est précipité pour boire,
avançant et reculant selon la cadence
des vagues. Le pire du mauvais temps
passait plus au nord. en noir foncé.
Pour le moment, rien à craindre
sur cette plage.

Dans le tapage et le fracas, le nez en
l'air,  on s'est promenés comme si
de rien n'était,  Une vraie fête.
De grands oiseaux, très haut dans
le ciel, se laissaient glisser.

C'est quand même extraordinaire,
ce privilège de vivre, vous ne trouvez pas?