lundi 7 mars 2011

Quand la discussion pogne

Peut-être qu'ils ont un verre
dans le nez: le ton monte
et on ne s'entend plus.
Une nouvelle fait le tour:

As-tu vu qui vient d'arriver
au Paradis pour nous bosser?
un singe qui se pavane
et nous traite d'animaux
parce qu'on est tout-nus?

C'est clair qu'il est complexé
c'est un singe pas de queue
qui voudrait qu'on s'habille
si on veut être baptisés

Le terrain est à lui, qu'il dit,
faudra lui payer un loyer,
lui pondre des oeufs, ou bien
ficher le camp loin d'ici...

dimanche 6 mars 2011

On entend passer un ange

La calotte crânienne lui a décollé.
Il sent un grand vide, quelque part,
comme un silence de l'univers,
et se demande d'où lui vient
cette paix incommode et aérienne.

Un poisson-volant passe par là.
Il vient, attiré par une profondeur
qui a l'odeur des grands fonds,
puis, dégoûté, il  s'en va ailleurs,
vous en feriez autant.

Une idée surgit et s'impose
dans la tête évidée:
"faut que je retrouve
ma ligne à pèche, j'ai un goût
de truite des ruisseaux,
je la ferai frire dans le beurre".

samedi 5 mars 2011

la rumeur s'étend comme du beurre

La neige, la pluie.  Un pas dans l'hiver, l'autre
dans le printemps. Ici on prend la température
comme si on avait la fièvre.

Les petits sont venus chercher Charlot, pour
le faire jouer dans la neige.  Le chanceux.
Pas besoin de prendre sa température pour
voir qu'il a une vraie fièvre de plaisir.

Charles-Élie a choisi de jouer avec le chat
Tornade, puis a trouvé Waterman. Charles-
Elie lui a donné sa juste part de caresses,
puis il est retourné rejoindre les autres enfants
dehors. Tout le monde joue dans la neige,
avec Charlot, qui est aux anges.

Si on prend la température des anges, on
voit qu'ils sont tout près de l'évaporation.
Quand on ne les voit pas, on sent leur
présence humide dans l'air.

vendredi 4 mars 2011

cimetière à feux-follets

il y a du plaisir dans la peur:  les enfants jouent
à avoir peur, à faire peur, à en avoir la surprise.
Il y a du plaisir à sortir de la peur, à se rendre
compte qu'on rêvait seulement, que c'était un
cauchemar, pas plus.  Ou bien, de voir qu'on a
passé à côté du drame, que ce n'était pas notre
tour, qu'on a été frôlé seulement, frissons inclus.

Alexandre, mon grand-père maternel, était
entrepreneur de pompes funèbres. C'est tout un
programme dans la vie (la sienne) et dans la
mort (celle des autres).  La petite Gabrielle,
ma mère, quand elle avait l'âge de jouer à la
cachette avec ses amies, elle se faufilait parmi
les cercueils entassés, empilés, stockés dans le
grand hangar à deux étages, derrière la maison.
Elle avait une longueur d'avance sur les autres:
elle n'avait pas peur des cercueils, c'était des
meubles quotidiens.

jeudi 3 mars 2011

À l'ancre

Suis allé, comme chaque jeudi, visiter la librairie
À l'ancre des mots, rue Maguire. Il faut entrer dans
ce repaire des livres en acceptant de quitter tous
ses repaires. Cette boutique est une oeuvre d'art
vivante, organique, comme une jungle autonome.
Elle échappe à son artiste, à son créateur. C'est un
privilège de connaître cette caverne, Ali Baba y
est sympathique, un bon génie. On entre dans
cette librairie comme dans un poème surréaliste.
Il faut mettre de côté tout préjugé, s'ouvrir à
l'inattendu, ne pas chercher ce qu'on trouve
ailleurs, goûter exactement ce qui est là,  comme
un spéléologue dans une grotte aux stalactites
et stalagmites vivants.

mercredi 2 mars 2011

la broue dans le toupet

On ne sait pas si le type se sauve tout en regardant derrière,
on voit qu'il n'est pas seul dans la vie, avec l'oiseau sur son
bras, et le chien sur une piste fraîche.

Hier je n'ai pas eu de temps pour ajouter une page sur le
blog.  J'aurais pu, en le faisant passé minuit, mais j'ai
préféré grimper dormir.  Le danger, bien réel, c'est de
sauter un jour, puis un autre jour. Sauter une nuit, c'est
un choix qu'on regrette, vu les lendemains.

Cet avant-midi, c'était la bourrasque de neige.  Alors j'ai
nettoyé les toits, et gratté l'entrée... j'aurai droit à une
autre médaille du mérite diocésain, ils en ont encore une
caisse, de médailles, à distribuer, elles ternissent à force
d'attendre des méritants comme moi. Vous pouvez faire
application, je vous le dis, ils adorent en donner, c'est une
sorte de marketing.  Vérifiez quand même, n'acceptez
qu'une médaille à deux faces.  Parfois on se fait avoir.