samedi 26 février 2011

N'importe comment

Si on écrit très rapidement, en se donnant
pour règle de ne se donner aucun arrêt,
aucune hésitation, comme une pondeuse
qui pond des oeufs en série continue, on
obtient un texte qui n'est pas celui-ci,  un
texte qui prend des risques, qui se lance
dans les airs, espérant retomber sans se
casser les os.

la vitesse d'écriture ressemble au choix
d'un medium pour un dessin ou une
peinture.  Nos enseignants ne nous ont
jamais dit cela: ils ne le savaient pas.
Probablement qu'ils n'écrivaient pas.

Les chinois qui écrivaient au pinceau
le savaient très bien. La vitesse
d'exécution d'un dessin fabrique la sorte
de dessin. Il y a des dessins qui ne peuvent
pas se faire lentement, faut qu'ils soient
garrochés, pour naître.

vendredi 25 février 2011

Jacques Cartier

On voit qu'il est venu en bateau,
pour découvrir le monde autour.
Il a gardé son coat à queue
Les oiseaux du paradis aussi
c'est vaste, un continent à marcher
Ce serait bien de s'enfoncer
dans cette jungle bruissante
mais c'est pas le temps de s'égarer
retournons à la plage
il sera toujours temps de revenir
chercher un trésor à ramener

C'est comme les astronautes
sur la lune:  une visite rapide
le temps de prendre la photo
comme au sommet de l'Everest

Ainsi j'ai vu Rio de Janeiro
la nuit, durant une bonne heure
à l'aeroport, à travers la vitre,
pendant que le gros avion
faisait escale pour de l'essence
mais en zone étanche, fermée.
J'étais au Brésil, sans y entrer
Un vrai cosmonaute je vous dis.

jeudi 24 février 2011

la descente du saint esprit

Faut bien se moquer un peu.  Mais tout le monde n'est pas capable de rigoler:  les caricaturistes
de Mahomet ont des fanatiques dans l'ombre de leurs fenêtres.  Je ne suis pas certain que le journal
communautaire de mon île d'Orléans mettrait en page une caricature rigolote de la descente du
saint esprit.

On annonce une tempête hivernale.
comme si elle pouvait être estivale
ou automnale: on est en février d'après
le calendrier.  Une tempête avec
poudrerie.


Mes pelles sont dehors, elles risquent
de disparaître sous le banc
de neige hivernale.


Charlot, mon bouvier bernois, va adorer
disparaître dans la neige.  Il ira renifler les pelles disparues, mais n'en parlera pas.  Il ne se mêle pas des affaires des autres.  Il a même renoncé à japper, comme s'il était entré à la Trappe d'Oka (qui n'est plus à Oka), parmi les moines silencieux et agricoles.



(On peut être silencieux sans être agricole.  Les moines trappistes sont aux deux:  au silence et à l'agricole. Ils sont même aux trois:  si on ajoute le fromage)



Ce qui nous ramène à la descente
de la troisième personne, sur notre apôtre déjà visité par l'esprit du cidre.

mercredi 23 février 2011

le vent dans la tête

J'ai regardé, comme des millions de gens, le colonel
Gaddafi dans sa harangue:  comme un chien qui
jappe au bout de sa chaîne.  Il ventait très fort dans
sa tête.

Comme tout ce qui a de l'existence, le vent tourne,
s'apaise, se transforme, déménage.  Les paroles aussi
sont du vent, même les paroles inscrites sur un écran
ou sur une obélisque égyptienne.

Les dogmes des croyances ont la prétention
d'appartenir à un autre univers.
Ils s'autoproclament infaillibles, absolument absolus.

Il ventait dans la tête des rédacteurs de dogmes,
et l'encens qui encensait les livres sacrés
a suivi le chemin du vent.

mardi 22 février 2011

des ricochets

pour un enfant, réussir une série de ricochets,
ça donne une sorte de gloire:  on peut crier bravo.
pour un adulte, ne pas réussir à faire sautiller
le caillou plat qu'on lance sur la rivière, c'est
gênant.  L'adulte se dépêche de réussir, pour
effacer le premier échec.

Un enfant aime jeter à la rivière plein de roches.
tout ce qui flotte, et tout ce qui cale, qui fait
un plouf.  enfin on peut faire ce qui est
défendu ailleurs.

et jusqu'où va se rendre le caillou qu'on fait
marcher sur l'eau?  combien de bonds va-t-il
bondir?  L'enfant a du plaisir à compter.

À moins qu'une compétition s'installe entre
deux ou trois enfants, le temps des ricochets
ne dure pas.  je ne me souviens pas d'avoir vu
quelqu'un essayer d'en faire pendant des
heures, et jour après jour. On manque vite de
cailloux plats.  On manque d'autre chose.

lundi 21 février 2011

un petit caillou à la fois

Je tiens à rédiger un paragraphe ou deux, chaque jour,
et y ajouter un dessin.
J'y tiens, comme un chien tient à son os qu'il a dans sa gueule.  J'y tiens comme on défend un territoire, un espace assiégé.

Personne ne vient me pousser, me bousculer,
pour que je m'éloigne de ce clavier, de cet écran.
Personne ne fait pression pour que je passe à autre chose.

Et pourtant il me faut lutter.

Il me faudra un jour analyser qui est
cet adversaire intérieur,  cette cinquième colonne, à
l'oeuvre pour me détourner d'être à l'oeuvre.

dimanche 20 février 2011

ajouter une bûche dans le poêle

Je me souviens, on soulevait le rond du poêle de fonte,
on glissait une grosse bûche d'érable ou de merisier ou
de bouleau. Fallait entretenir le feu, pour que la maison
ne refroidisse pas.  En fait, pour ces bûches, il fallait
enlever les deux ronds du poêle puis soulever la plaque
qui soutenait les deux ronds:  la bûche pouvait alors
basculer dans son carré.  Quel était le nom de ce carré,
où brûlait la bûche?  Les vieux usages disparaissent et
les mots pour les nommer s'en vont aussi.

C'était exigeant, partir le feu au petit matin, puis
l'entretenir toute la journée.  Fallait aussi remplir
le coffre à bois:  on allait dans la shède  en chercher
une bonne brassée, qu'on basculait dans le coffre
de la cuisine. Fallait aussi fendre à la hache une
bûche pour avoir de petites éclisses, pour allumer
le feu, ou l'aider quand la bûche hésitait à bien
prendre.